Votre écran gagne en hauteur !

2021 (janv.-juin)

version enroulée
version déroulée
Appuyez sur un titre pour dérouler
Périple à vélo
Pour juin 2021, voir mon périple de traversée de la Suisse :

Cliquez ici -> La Suisse à vélo
Suite du blog
Cliquez ici -> Juillet 2021

29 mai

Où se cache
le bien-être ?

Notre aveuglement nous fait croire que c'est à l'aide des plaisirs que nous pouvons construire notre bien-être. Pourtant, les plaisirs sont précisément les responsables de sa destruction.

En effet, le bien-être résulte d'une absence d'agitation. Quelle agitation ? Celle de la valse des plaisirs et des tourments, les premiers étant intimement liés aux seconds.

Notre aveuglement nous fait aussi croire que les plaisirs – qu'il conviendrait d'appeler les excitations – vont finir par prendre le dessus, que désormais tout ira bien, le fameux "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" légendaire et trompeur des contes de fées. Bien sûr, les contes sont créés pour faire oublier – momentanément – les difficultés de la réalité. Sinon, un conte honnête devrait plutôt se clore par un "Ils entrèrent au monastère et vécurent heureux."

Pire encore : parfois, on perçoit le prix à payer, mais on s'engage malgré tout, convaincu que cela en vaut toute la peine. Aussi, on est tant accoutumé à la misère qu'on ne la distingue plus beaucoup. À tel point que si l'on expérimente un état vide, simplement dépourvu de sensations, on vit cela comme une formidable béatitude.

Ce qu'il y a de fort avantageux avec un peu d'entraînement à la méditation, c'est qu'on arrive à distinguer non seulement toute la contrepartie désagréable et indissociable du plaisir, mais aussi, le plaisir lui-même apparaît comme une vibration malsaine et pesante qui détruit la paix et la lucidité.

Lorsque vous rencontrez une occasion de plaisir, essayez donc d'en percevoir l'envers du décor.

Kassinou le détracteur
Comme, par exemple, quand tu restes un quart d'heure dans le rayon fromage ?

Hé oui, il est toujours plus facile de faire de belles recommandations que de les suivre. En tout cas, à force d'essayer de m'y appliquer, j'y parviens de plus en plus naturellement. D'ailleurs, tu n'as pas remarqué ? La dernière fois que je suis passé devant le rayon fromage, je ne m'y suis pas arrêté, j'ai seulement ralenti le pas en écarquillant un peu les yeux !

Si ce que vous cherchez réellement, c'est le bien-être, alors n'oubliez pas qu'il n'est pas loin. Il est seulement caché par la danse des couples inséparables plaisirs et désagréments.

Métaphore
Les émotions plaisantes et déplaisantes, les excitations et les inquiétudes, ce sont des canards qui s'agitent dans la mare. Le bien-être, c'est lorsque la surface de l'eau est parfaitement plate.

27 mai

La Suisse à vélo

La page du récit de ma traversée de la Suisse est prête :

La Suisse à vélo

24 mai

La générosité

Pour une semaine encore, je réside à Genève, la ville la plus chère de la planète (avec Zurich), et celle qui compte le plus de milliardaires. Je peux parier un milliard sans risque, que je suis nette­ment plus heureux que le moins malheu­reux d'entre eux.

En effet, qui en douterait ? Le bonheur se mesure à la capacité de se contenter de ce qu'on n'a pas et à celle de savoir apprécier ce qu'on a.

En outre, quand on a peu, on n'a pas grand-chose à perdre, donc pas grande crainte à avoir. Dans l'autre sens, plus on possède, et plus on désire ce qu'on n'a pas.

Mais je ne parierai pas, car je ne voudrais pas m'encom­brer d'un milliard !

Si la richesse générait un bonheur authentique, à n'en pas douter, aucun riche ne résis­terait à la volonté de partager sa fortune (dans tous les sens du terme) pour aider ceux qui sont dans le besoin.

Mon bonheur n'est donc pas dû au fait qu'il n'y a que 133 francs et 55 centimes sur mon compte ; beaucoup de pauvres sont très malheureux (presque autant que certains milliar­daires !), et beaucoup de riches savent être heureux, grâce à un certain déta­chement ou gratitude. Car, c'est sûr, les million­naires plein de géné­rosité sont nombreux.

À propos, qui sont les plus généreux, les pauvres ou les riches ? La générosité se mesure-t-elle à la valeur de ce qui est donné ? Au besoin réel du destinataire ?

La générosité, c'est la qualité d'une volition, d'un état d'esprit sain, qui consiste à renoncer à une partie de ce que nous possédons pour en faire béné­ficier autrui.

Imaginons un exemple. Casimir et Hyppolite occupent un poste différent, mais travaillent le même nombre d'heures selon un effort équivalent. Après que chacun d'eux ait reçu son salaire et payé ses frais de subsis­tance, il reste 10 millions à Casimir et mille à Hyppolite. Si chacun d'eux fait donation de 10 % de ce qu'ils ont aux plus nécessi­teux, qui est le plus généreux ? Casimir ? Car il a donné beaucoup plus d'argent que Hyppolite ? Ou ni l'un ni l'autre, puisqu'ils ont tous deux donné le même pour­centage ?

Il me semble que le plus généreux, c'est Hyppolite. Pourquoi ? Parce qu'il ne lui reste que 900. Tandis que Casimir, il garde encore 9 millions pour lui !

Kassinou le détracteur
Pfff ! C'est pas une calculatrice qui peut mesurer la générosité, ça dépend du cœur qu'on y met !

Très juste, Kassinou. Disons que tous deux avaient le même "cœur". En effet, l'inten­tion derrière une donation compte plus que le don lui-même.

Si Kassinou met le doigt sur l'un de mes points faibles dans le but de me dénigrer, même si je lui suis reconnaissant car cela permet de m'améliorer, il s'agira d'une parole malsaine et déméritoire. Par contre, s'il prononce cette même parole dans le souci de m'aider, même si je la prends mal, cette parole sera généreuse et méritoire.

Kassinou le détracteur
Comme on dit : c'est l'intention qui compte !

Mais pas seulement ! Si, dans le but de faire plaisir à quelqu'un (d'ailleurs le plaisir, à l'inverse du bonheur, n'est pas une chose saine, mais ça, c'est un autre sujet), tu lui offres une bouteille de whisky, il s'agira malgré tout d'un acte nuisible, car tu contribues à endommager à la fois sa santé et sa vertu, quel que soit l'état d'esprit avec lequel il reçoit le cadeau.

De ce fait, réfléchir à l'utilité et aux consé­quences d'un don contribue à la qualité de la générosité. Il ne revient pas au même de donner un couteau à un cuisinier qui possède déjà beaucoup de couteaux, à un autre qui n'en n'a pas, ou à un agresseur violent.

Ainsi, l'accomplissement de la générosité maté­rielle, c'est de se contenter de peu et de ne garder pour soi que ce dont on a besoin pour vivre. Tout ce qu'on ne prend pas pour soi profite au reste du monde.

Naturellement, on peut aussi donner bien d'autres choses  : de son temps, de son énergie, de son sang (ou d'un organe), des conseils, des connais­sances théo­riques ou pratiques, et des connais­sances spiri­tuelles. Aussi, quand on cultive la vertu, on donne l'exemple de ce qui est sain, et quand on médite, on donne au monde la plus belle des choses, dont on soupçonne rare­ment la puissance de l'in­fluence : la paix.

23 mai

Arrêtez la méditation !

Cela peut paraître paradoxal, mais pour avoir une méditation correcte, il convient d'aban­donner la méditation ! Pourquoi ? Car on ne peut entrer pleinement en méditation que si l'on arrive à tout abandonner.

Il y a 4 ans, les premiers jours d'une retraite de méditation, j'avais simplement décidé de ne rien faire du tout. Le résultat était impres­sion­nant. Plus rien n'existait, mis à part le bonheur d'être là, sans pensées. Être sans projet, sans attente et sans souci occasion­nait un soula­ge­ment qui procurait un profond bien-être, et tout venait à point sans que je n'eus à me préoc­cuper de quoi que ce soit, mais pas seule­ment. Il n'y avait presque plus d'illu­sion, je perce­vais les choses comme elles étaient, dans l'instant présent.

Voyant que les choses allaient bon train, mais qu'il y avait encore des petites aspérités, je me disais qu'il fallait saisir l'occasion pour méditer de mon mieux, que je n'étais pas loin d'entrer en méditation profonde. Belle erreur ! Je prenais pourtant soin de ne pas forcer, de rester aussi relâché que possible. Mais le seul fait de "faire attention à bien méditer" était de trop, c'était encore "faire quelque chose".

Proverbe français
Le mieux est l'ennemi du bien.

Ainsi, pour méditer correctement, il faut savoir tout abandonner, y compris la méditation !

Pour rappel, le fait de "ne rien faire" n'a rien à voir avec le fait de "se laisser aller". Lorsqu'on "ne fait rien", on ne tend vers aucune sensation de plaisir, on ne suit aucune pensée, on ne fait que rester dans l'obser­vation de tout ce qui se produit dans l'instant. D'ailleurs, même cette obser­va­tion n'est pas une action, c'est ce qui subsiste natu­relle­ment lorsque l'esprit n'est plus accaparé par rien. "Observer" est presque une façon de parler, c'est juste "être conscient de ce dont on est conscient"

Alors – si ce n'est déjà fait – si vous voulez être en mesure de connaître une méditation fruc­tueuse, arrêtez de méditer !

Qu'est-ce qu'une méditation fructueuse ? C'est quand votre esprit s'accoutume à demeurer dans l'instant présent, qu'il éprouve le bonheur de rester sans pensées, qu'il perçoit la misère dans les plaisirs, et qu'il reste où il le souhaite, équanime, en équilibre, se détachant des choses et dévelop­pant une vision correcte de la réalité.

Lire aussi :
Rien

21 mai

La plus grande force

Savoir attendre.

tweeté par isi

Dans la mesure où nous obtenons ce que nous méritons, à quoi bon avoir des craintes ou des attentes ?

Cultivons l'attitude juste et laissons la vie nous apporter ce qui nous revient. L'un nourrit l'autre, car l'acceptation contribue à l'attitude juste.

14 mai

La gratitude

L'origine du pessimisme

La plupart d'entre nous, la plupart du temps, nous râlons, nous manifestons notre mécon­ten­tement, nous pensons que tout va de plus en plus mal dans le monde. Aujourd'hui, notre vie est-elle un abomi­nable enfer ? Depuis le temps que "tout ne fait qu'empirer", ça devrait largement être le cas, non ?

Si la sagesse nous fait percevoir l'aspect indésirable de l'existence, lobha, moha et dosa (l'avidité, l'illusion et le rejet) nous font percevoir – à tort – les conditions exté­rieures comme la cause de notre insa­tis­fac­tion. Ces 3 poisons inté­rieurs nous font voir l'avan­tageux comme insuffi­sant et rétré­cissant, et le désa­van­ta­geux comme abondant et croissant.

Attention, l'optimisme est aussi un aveu­gle­ment. Il ne s'agit pas d'espérer de meilleures conditions, ni d'être convaincu qu'elles vont se mani­fester, mais de savoir puiser le béné­fique qui est à notre portée, à chaque instant.

La balance des énergies

En réalité, même si les pesticides et les médica­ments chimiques s'infil­trent de plus en plus dans nos organismes, même si les lois favorisent de plus en plus les richissimes, même si les géants indus­triels et numériques s'imposent de plus en plus au détriment des plus petits, la situa­tion de chacun d'entre nous devient malgré tout de plus en plus confor­table. Simple­ment, les points positifs sont contre-balancés par des points moins positifs.

La somme des avantages et des désavantages a toujours été et sera toujours en équilibre, mais en moyenne bien sûr, car il y a parfois des périodes de prospé­rité ou de guerre, de famine, de pandémie (parfois plus politique que sani­taire, mais ça, c'est une autre question).

Si vous pensez vraiment que "c'était mieux avant", alors demandez-vous si vous seriez prêt(e) à appuyer sur un bouton qui vous renvoie 100 ans en arrière…

Bonjour 1921, au revoir le smart­phone et ses applications – devenues – indis­pen­sables, la jolie petite voiture bien chauffée l'hiver, les plus grands musiciens dans le casque Bluetooth. Bonjour le raccom­modage des vête­ments usés et leur lavage à la main, bonjour la douche à l'eau froide, bonjour le métier diffi­cile pour gagner un peu de nourri­ture peu variée, et presque pas de quoi s'amuser. Bonjour la rue (très hostile de l'époque), si le patron nous met dehors, comme il n'y a pas de protec­tion sociale. Et bonjour la mort en cas de maladie qu'on ne sait pas encore guérir…

De la même façon, vos arrière-petits-enfants, qui vivront en 2121, ne voudront jamais appuyer sur le bouton qui les ren­verrait en 2021.

Kassinou le détracteur
Moi, j'appuie sur le bouton, et je deviens célèbre en prédisant les grands événe­ments histo­riques et en réin­ventant les grandes inven­tions !

Alors cite-moi un seul événement historique de 1921 ou dans les 7 années suivantes, en le datant. Et, pour réinventer une chose toute simple, dessine-moi juste un maillon de fermeture-éclair pour expliquer comment cela fonc­tionne… Alors ?

Bref. Tout ça pour dire que, bien que nous sommes inondés d'éléments béné­fiques et de facilités en tout genre, nous tendons souvent à nous focaliser sur les aspects négatifs.

Kassinou le détracteur
Je veux pas dire, mais je t'entends souvent grincher !

Qui a dit que j'étais libre de lobha moha dosa ? Bien sûr, je m'inclus toujours parmi les desti­na­taires de mes recommandations.

L'importance de la cible

Si vous cultivez le rejet ou l'anxiété, quelle que soit votre situation, vous donnerez l'oppor­tu­nité à plus de diffi­cultés de façonner les condi­tions de votre existence. En même temps, vous fermerez la porte à bien des oppor­tu­nités béné­fiques.

Si, au contraire, vous vous focalisez sur les nombreux aspects béné­fiques de votre exis­tence, les choses négatives des condi­tions exté­rieures, ainsi ignorées, perdront de leur force. Elles auront beaucoup moins d'emprise sur vous. À l'inverse, ce sont les énergies béné­fiques qui seront stimulées et dévelop­pées. Un cercle vicieux dans un sens, un cercle vertueux dans l'autre.

La gratitude, c'est aller dans le bon sens du cercle !

La pratique de la gratitude

Vous éprouvez une grande bienveillance pour toutes ces petites choses qui agissent ou sont en votre faveur, y compris – voire surtout – au sein d'une situation difficile. Il peut s'agir d'un être vivant, de la nature ou, pourquoi pas, d'un simple petit objet !

La gratitude est un sentiment pur (car sans émotion) qui apporte sérénité, joie et conten­te­ment. Cela vaut bien plus que tout l'or du monde et c'est en vous, alors servez-vous en sans modé­ration ! De plus, cela influence posi­ti­vement votre entourage, car votre gratitude met en relief l'ingratitude de l'autre.

Quand vous pratiquez la gratitude, vous rayonnez d'une énergie saine qui vous protège des influences négatives. Vous vous sentez chanceux(euse), tout vous sourit, c'est comme si le monde vous récom­pensait de le voir bon et généreux.

La "providence" est une chose subtile ; elle est accessible à ceux qui savent la voir sans l'espérer.

La gratitude ne consiste pas à dire merci religieu­se­ment à tout, mais simple­ment à être conscient de chaque avantage reçu, d'avoir un état d'esprit de bien­veillance, de respect et de satisfaction à tout ce qui nous est donné.

Une double méditation

Si la méditation dans l'instant présent peut, selon pour qui, se présenter peu facile d'accès, la gratitude peut être une autre porte d'entrée dans la voie du milieu et du renon­cement.

D'ailleurs, pratiquée à plein temps, la gratitude devient une méditation de la pleine conscience couplée à une méditation de la bien­veillance.

11 mai

Facile, mais hors de portée

L'Éveil dont nous parlent les grands sages n'est pas à notre portée. Nous pouvons faire de notre mieux, nous n'y parviendrons sûrement pas, dans cette vie. Cela signifie-t-il que nous devrions nous laisser aller ? Certainement pas, cela ne ferait qu'empirer la situation ! Êtes-vous capable de sauter d'un seul bon à l'étage supérieur ? Proba­ble­ment pas. Par contre, il est sûr que vous pouvez monter la première marche.

Un être Éveillé n'est pas un individu favorisé par un dieu qui l'aurait affublé de dons extra­ordi­naires. C'est un individu qui a adopté un comportement sain et appro­prié. De nom­breuses fois, il a pratiqué la patience, la vertu, la restreinte, la géné­ro­sité, la vigilance. Pro­gressi­vement, il a monté les nombreuses marches de l'escalier de la Sagesse.

Lorsque nous parvenons à l'avant-dernière marche, il est très aisé de monter la dernière. C'est pour cela que nous pouvons dire à la fois que l'Éveil est une chose très facile, et qu'il n'est pas à notre portée.

Kassinou le détracteur
Cet article suppose que nous expérimentons de nombreuses existences. Ce blog n'est pas censé parler exclusivement de choses qu'on peut facilement vérifier par soi-même ?

Tu me les brises, toi. Vivement que je m'en aille !

10 mai

Aucun accessoire requis

La méditation a cela de bien, à l'inverse de tout sport, de tout loisir et de tout métier, qu'il n'y a pas besoin du moindre accessoire. Dès le premier instant, nous avons tout à notre disposition, même si nous ne possédons rien.

Il n'y a pas non plus de quoi s'ennuyer, car sans cesse, de nombreuses choses apparaissent. S'il n'y a presque plus rien, c'est bon signe, et s'il n'y a plus rien du tout, c'est la victoire !

Chercher un lieu propice à la méditation est une chose, mais ne cherchons pas tant. Trop de précautions nuit. En dehors de calme et de solitude, nous n'avons pas besoin de grand-chose pour bien méditer. La méditation, c'est l'art de faire avec ce qu'on a.

N'oublions pas : il n'existe pas d'accessoires à la méditation, seulement des obstacles à la méditation.

On peut se voir !
Si vous êtes en Suisse, n'hésitez pas à me dire où vous vous trouvez. Si vous êtes près de mon itinéraire, je passerai vous rendre visite…

9 mai

Traversée de la Suisse [2/2]

Le parcours

L'idée, c'est de parcourir des lieux paisibles et naturels, découvrir l'intérieur du pays – les 3 cantons originels, notamment –, longer les montagnes et les lacs, traverser des villages pitto­resques, et finir dans le canton du Tessin.

Je quitterai la capitale des montres – Genève –, passerai par celle des banques – Zurich –, puis irai jusqu'à Lugano, plus grande ville de la Suisse italienne. Ces trois villes sont les princi­pales places finan­cières du pays, mais c'est une coïn­ci­dence, car comme vous pouvez vous en douter, il ne s'agit pas d'un voyage d'affaires.

Pour montrer le parcours, je publierai une petite carte géographique.

Voyager léger

Je pars presque les mains dans les poches (mais je les garderai sur le guidon, c'est moins dange­reux). Disons que j'emporte le minimum : quelques vête­ments, quelques usten­siles de pique-nique et mon smart­phone, pour le GPS et pour vous faire le récit de mon périple. Je ne m'encom­brerai pas d'une tente, d'un tapis de sol, d'un réchaud, ni d'un tas d'autres acces­soires.

Kassinou le détracteur
Tu te la joues grand renonçant, mais tu pars quand même avec ta carte de crédit ! Arf !

Qu'est-ce que tu fais là, toi ?

Kassinou le détracteur
Alors, c'est quoi ton explication ? Que ce n'est qu'un petit bout de plastique ?

Cela n'affecte ni mes préceptes, ni mes attache­ments. Pratiquer l'accep­ta­tion, l'endu­rance et la con­fron­ta­tion quand la diffi­culté se présente, oui ! Chercher la diffi­culté pour la diffi­culté, non ! Le confort pour le confort non plus, d'ailleurs ! Les ascètes nus sont loin d'être les plus sages, tout comme ceux qui vivent dans des grottes 5 étoiles. J'essaie de suivre la voie du juste un milieu : j'évite de m'accro­cher, mais j'évite aussi de rejeter.

Bien que voyager sans argent est un challenge intéressant, l'avantage d'avoir une facilité à obtenir ma nour­riture (et d'autres éven­tua­lités, comme réparer le vélo) est de pouvoir mieux me concentrer sur l'instant présent et sur ceux que je croise.

Nouvelle page

Le périple sera présenté sur une page à part, sur laquelle seront publiées des photos. D'habitude, je préfère me limiter à l'écriture et me fier à l'ima­gi­na­tion des lecteurs. Mais pour une fois, je veux bien faire l'expé­rience de fournir quelques images, surtout s'il y a des choses amu­santes à montrer.

Après le voyage ?

Il me plairait bien de m'installer dans le Tessin, vaste canton italophone, dont le cadre inspire au calme et au bien-être.

Kassinou le détracteur
Ah oui ? Et est-ce que tu parles italien, au moins ?

Certo che parlo l'italiano ! Che pensi di me ? Che non sia capace parlare la più bella lingua del mondo ?

Kassinou le détracteur
Et comment tu dis ça ? "J'ai crevé un pneu, y a-t-il un atelier de réparation ?"

Heu… J'apprendrai mieux une fois sur place… En tout cas toi, dis-toi bien que tu ne feras pas partie du voyage. Il n'y a pas de place pour toi sur mon vélo !

3 paradoxes du Tessin qui résonnent en moi

  1. Sauvage et naturel, mais propre et bien entretenu (rester près de la nature en toute sécurité).
  2. Montagneux, mais au climat doux (les Alpes et la météo méditerranéenne réunis).
  3. Suisse, mais de culture italienne (être à l'étranger dans mon propre pays).

7 mai

Traversée de la Suisse [1/2]

Le 1er juin prochain, je prendrai le large. Au revoir la forêt de béton, bonjour le royaume des montagnes ! J'irai découvrir la Suisse profonde, pays des lacs, des paysages époustouflants et des vieilles traditions.

Le moyen de transport

Le train ? Bien trop cher.

À pied ? Intéressant, mais un peu long.

À vélo ? Excellent ! Cela peut présenter quelques inconvénients, mais les avantages sont si grands que cela vaut bien la peine d'essayer. J'ai récupéré un vélo vieux de 11 ans encore très correct que j'ai déjà fait réparer (la chaîne, un pneu, un garde-boue, les plaquettes de freins…) et équiper du nécessaire : porte-bagages, sacoches, sonnette, porte-smart­phone, porte-gourde, catadioptres…

But du voyage

Faut-il qu'un voyage ait un but ? Des raisons de partir, plutôt. Notamment :

  • Quitter un appart étriqué et surchargé pour retrouver les grands espaces
  • Passer de la ville à la campagne
  • Me retrouver seul face à la nature
  • Me replonger dans l'instant présent
  • Saisir la liberté qui m'est offerte
  • Itinérer comme les ascètes d'antan
  • Faire des rencontres aussi inattendues qu'enrichissantes
  • Répondre au plus beau de mes rêves…

Il n'y a en tout cas pas d'exploit en vue, il s'agit plutôt de pédaler selon un rythme bien pépère.

Comme je vais traverser la barrière alpine, je pensais braver l'inévitable et deuxième plus haut col du pays, à 2478 mètres. Comme même en août il peut encore s'y trouver de la neige sur la route, et qu'en plus d'être un grand frileux, je ne suis pas un grand sportif, je me contenterai parfaitement du tunnel ferroviaire qui passe dessous (10 mn de traversée).

J'imagine que ce voyage durera environ un mois.

Où dormir ?

Chez l'habitant. Il y a peu d'inscrits sur la seule application gratuite que j'ai trouvée pour l'hébergement à domicile, mais peut-être que cela suffira. Espérant que mon mode de vie ne me fasse pas trop passer pour une sorte de fêlé asocial. J'imagine le scénario (un peu extrême) :

  • J'ai cuisiné toute la matinée pour vous préparer la spécialité de la région…
  • Ah, mais il est 14h… je ne mange plus jusqu'à demain.
  • Bon, laissez-moi au moins vous faire goûter la bière artisanale de mon père.
  • Ah non, je ne bois pas de poison !
  • Un thé, alors ?
  • Si j'en bois un maintenant, je ne dormirais plus, cette nuit !
  • Bon, je vais vous montrer mes aquarelles, c'est ma grande passion.
  • L'art ? Quelle perte de temps !
  • Heu… Alors allons voir ma sœur, elle nous a invité à voir son nouveau spectacle de danse.
  • Mais… je ne regarde pas ces choses et n'écoute pas de musique.
  • Hé bien… je vous ai préparé votre lit, si vous voulez…
  • Non merci, je n'utilise ni lit ni matelas !
  • …Allo, la police ? Je ne sais pas si c'est vous que je dois appeler ou directement l'hôpital…

Suite : Traversée de la Suisse [2/2]

4 mai

Le plus beau rêve

Il y a un mois, j'ai fait le plus beau de mes rêves. Souvent, il m'arrive de rêver que je parviens à me maintenir dans l'air, à un ou deux mètres du sol. Il y a quelques personnes autour de moi qui n'ont pas cette capacité et qui me regardent avec étonnement, ce qui n'est pas pour me déplaire (mon côté frimeur!) Néanmoins, le plus beau de mes rêves n'est pas de cet ordre-là. Laissez-moi vous le raconter…

Seul, je marche dans la nature. Après avoir enjambé un ruisseau, je grimpe une colline rocheuse. Soudain, je constate que je suis parti sans avoir réfléchi aux affaires à emporter. Je réalise qu'en dehors de mon bas de pyjama, je n'ai absolument rien. Je suis donc pieds nus, mains nues, torse-nu et sans carte (bancaire ou géographique). Je n'ai rien d'autre que mon pantalon de nuit en coton marron chocolat, si fin et si léger qu'il ne me sert qu'à éviter l'indécence.

J'ignore tout du chemin qui se présente devant moi. Le soir apporte son manteau sombre et froid, les nuages menacent d'éternuer leur pluie. Mon estomac ne sait pas quand il va pouvoir se soulager, mes pieds délicats ne savent pas quels obstacles ils vont rencontrer.

Cependant, une petite pensée m'arrive comme une étincelle : si je garde mon esprit libre, libre de pensées et confiant dans l'instant présent, il n'y a nul besoin de s'en faire et tout ira pour le mieux. Cette étincelle fait exploser une énergie où n'ont plus leur place la faim, le froid, la douleur ou n'importe quel souci.

Cette seule pensée est une délivrance, elle génère un tel bonheur que je me réveille sur le coup, la joie au cœur, très heureux à l'idée de partir à nouveau à l'aventure.

Mais peut-être que j'emporterai un peu plus que mon bas de pyjama…

J'irai méditer chez vous
Surtout parce que je trouvais ça rigolo. Mais après tout, pourquoi pas !

J'irai méditer chez vous

1er mai

Le temps, c'est de l'argent

Je suis parfaitement d'accord, mais je le vois à ma façon. Pour moi, en effet le temps EST de l'argent.

Être libre signifie être vacant, avoir tout son temps, posséder du temps.

Souvent, lorsque je rencontre quelqu'un avec qui il y a une bonne discussion et lui propose de passer un moment avec lui, il ne peut pas ; son agenda est chargé comme un minibus birman. Mais si quelqu'un souhaite me voir, je suis complètement disponible, j'ai tout mon temps à lui donner. Je suis riche en temps, je suis donc riche d'une richesse authentique.

Ne jamais avoir le temps, quelle misère ! Lorsque les quelques activités quotidiennes sont achevées, quoi de mieux que de rester assis au milieu de la pièce, en paix, sans aucune pression, en ayant le bonheur de n'avoir que du rien à savourer ?

Trouvez le temps d'en avoir et vous serez plus riche qu'un milliardaire, oppressé par les nombreuses obligations dont il s'est rendu esclave, emprisonné à perpétuité par son manque de temps.

Le meilleur moyen de gagner du temps, bien entendu, c'est de se défaire des plaisirs et des distractions. Remplissez-vous les poches de temps libre, et vous aurez tout le temps d'apprécier la richesse de votre vie !

30 avril

L'entretien du jardin

Hier, j'ai vu ma bienfaitrice, celle qui veille à ce que je ne manque de rien, celle qu'on appelle ici une assistante sociale. Voici un extrait de notre conversation :

  • Si vous avez l'expérience de travailler avec la terre, vous pourriez peut-être vous orienter dans ce secteur.
  • La terre ?
  • Hé bien, dans les monastères, en Birmanie, vous ne cultiviez pas votre propre jardin ?
  • Ah non, pas du tout.
  • Alors comment est-ce que vous subveniez à vos besoins ?
  • On allait dans les villages, avec notre bol, et les gens nous donnaient ce qu'ils voulaient.
  • Mais… vous faisiez bien quelque chose, dans la journée ?
  • Rien du tout ! On ne faisait que méditer, et éventuellement enseigner la méditation.
  • C'est très bien, la méditation ! Vous pourriez enseigner la méditation, peut-être ?
  • Je le fais toujours volontiers, mais ne veux pas d'argent en échange de cela.
  • Mais il vous en faudra bien pour subsister.
  • Oui, je sais bien que tout fonctionne ainsi, ici, mais comme je vous l'avais dit lors de notre précédent entretien, je ne fonctionne pas avec l'échange. Il n'est pas question pour moi d'avoir un travail rémunéré. Je ne veux pas être tenu de faire quelque chose parce que je suis payé pour ça. Je fonctionne uniquement avec la générosité. Je donne tout ce que j'ai à donner sans attendre quoi que ce soit en retour, et j'accepte qu'on me donne sans qu'il y ait un retour à fournir.
  • Je comprends. Bon. Je pense que ce n'est plus la peine que je vous inscrive au stage d'évaluation des compétences que je comptais vous proposer. Et qu'en est-il du projet de voyage dont vous m'aviez parlé ?
  • Je pense que je partirai à la découverte de la Suisse profonde dès que le climat sera bon, probablement dans un mois…
  • Et, vous avez des adresses, déjà ?
  • Non, je me débrouillerai au fur et à mesure de mes déplacements.
  • Mais c'est de la pure aventure !
  • Exactement ! J'ai confiance en ma bonne étoile.
  • Vous prendrez une tente, avec vous ?
  • Je ne m'embarasse pas avec ces choses-là.
  • Alors comment vous allez faire pour dormir ?
  • Chez l'habitant. J'utiliserai Couch Surfing.

Je n'y ai pensé qu'après coup, j'aurais dû lui dire que dans les monastères, le seul jardin que nous cultivons, c'est le jardin intérieur, celui de la vertu, du détachement et de la compré­hension des choses telles qu'elles sont. À brûle-pourpoint, les phrases adéquates me viennent moins facilement qu'à l'écrit.

29 avril

Bien mieux à gagner que de l'argent

Rester dans cette belle Suisse (dont j'ai la nationalité) est mon choix du moment. Pour cela, je suis tenu de me plier à ses lois, dans la mesure, toutefois, où elles n'entravent pas ma pratique de renoncement.

En tant que résident suisse, je suis obligé de payer une assurance-maladie qui coûte cher. Étant sans ressources, ma seule issue est de bénéficier de l'aide sociale (un peu l'équivalent du RSA en France). Cela m'oblige aussi d'avoir un compte bancaire, dont la version de base offre une carte de crédit (limitée à quelques lieux, notamment les supermarchés).

Cela me convient, car dans une contrée où la culture ne laisse pas de place aux renonçants, l'idée d'utiliser de l'argent me semble faciliter bien des choses, dans la mesure où cela n'entretient pas l'avidité (en achetant des choses pas réellement utiles). De plus, un bout de plastique est moins lourd, moins sale et plus sécurisé que des sous.

Le mois dernier, j'ai donc utilisé pour la première fois une carte en plastique que j'ai failli plier en deux, car je pensais qu'il fallait forcer un peu en l'insérant.

Je m'en sors fort bien, car je consomme peu et je cultive une vraie richesse.

Ainsi, mon principal bienfaiteur, c'est l'État. Même si pour lui ce ne sont que de petites miettes, j'ai pour lui une grande gratitude. En fait, ce n'est que de l'énergie qui vient en aide à de l'énergie. Qu'il s'agisse de personnes ou d'institutions, ce qui vient en aide à qui en a besoin, c'est l'univers.

C'est pour cette raison que lorsqu'on accomplit ce qui est juste, il est inutile de se soucier de ce qu'en pensent les autres, ni même d'avoir peur. Ce ne sont pas eux, mais l'univers qui vous fournit toujours ce dont vous avez besoin, ce que vous méritez.

Même si vous ne possédez rien, vous donnez à la société beaucoup plus que de l'argent, en vous abstenant de ce qui est malsain et en cultivant un état d'esprit de bienveillance, d'acceptation et de pleine conscience.

Quelle que soit votre situation, si vos intentions et vos comportements sont justes, ce que vous gagnerez en retour, c'est bien plus que de l'argent.

28 avril

Votre vie n'est qu'un ramassis d'illusions !

Ce que nous chérissons le plus et ce que nous haïssons le plus, c'est la même chose : l'illusion.

C'est à la fois ce que nous protégeons, crai­gnons et culti­vons le plus.

Pour s'en libérer, le premier pas est d'admettre qu'il est possible que nous soyons dans l'illusion. Pourquoi se soigner si nous sommes convain­cus d'être lucide, en paix et en harmonie avec le monde ?

Quand on s'attache à une chose (une personne, un objet, un lieu, une sensation, une habitude, une idée…), c'est parce qu'on lui donne de la substance. Pourtant, le monde est vide, nous disent les sages. À chacune de ces choses vides, nous associons non pas une simple éti­quette, mais un nuage de concepts, de sensa­tions, de souvenirs.

En outre, selon la situation, chacune des choses aux­quelles nous nous atta­chons peuvent devenir un vrai cau­chemar.

Les êtres pleinement libérés de l'illusion voient donc que tout est vide. C'est pourquoi ils ne peuvent plus s'attacher à quoi que ce soit. Comment s'attacher à du vide ?

Telle est la clé du détachement : s'habituer à percevoir l'insta­bi­lité (les plus belles choses peuvent devenir la cause des plus grands problèmes), la peine (le "prix" à payer) et le vide (les choses n'ont d'existence que par l'asso­ciation de percep­tions), dans chacune des choses que nous aimons.

Bonne désillusion à tous !

info
Je viens de mettre à jour ma trombine en bas de page.

25 avril

Je ne suis pas moine

D'après les messages que je reçois, vous êtes plusieurs à croire que je suis moine. Moine dans la tête, peut-être, mais j'ai quitté la communauté monastique le jour où j'ai quitté la Birmanie, fin janvier dernier.

Je n'en reste pas moins un renonçant. C'est-à-dire que je demeure – dans la mesure du possible – en marge de la société laïque. Je ne revêts donc plus la robe monacale, mais ne porte que du marron foncé, couleur des ascètes, yogis et certains moines, également du calme et de la nature. Et je laisse pousser cheveux et barbe.

Peut-être devrais-je mettre à jour l'illustration du bas de page, qui en effet, prête à confusion.

Question discipline, j'observe certaines res­treintes, et principalement les 8 préceptes des méditants, qu'hélas, 99 % des moines ne sont pas capables de respecter.

Kassinou le détracteur
Écoutez-le, Monsieur "Je suis meilleur que les autres" ! Parce que tu ne les brises jamais, toi ?

Hum… Bien, je vais effacer ce que je viens d'écrire et le reformuler autrement.

Kassinou le détracteur
Tu parles d'un ascète ! Tes lecteurs te connaissent en surface, alors ils se forgent peut-être une idée idéale de toi. Laisse-les connaître le fond de ta pensée ! L'honnêteté d'un ascète ne doit-elle pas être comme une image fractale, nette jusqu'à l'infiniment petit ?

Sinon t'es tout à fait libre d'affirmer que tu n'es pas un ascète.

J'aurais mieux fait de ne pas t'inventer, toi ! Bon, il m'arrive de faire de rares exceptions pour la nourriture (par souci de convivialité ou si je n'ai pas assez mangé le matin, mais en effet, à part les cas extrêmes, il n'y a aucun prétexte valable pour briser un précepte).

Mais d'accord, je tâcherai d'être plus vigilant à l'avenir. Mais au fait, n'es-tu pas censé inter­venir uni­que­ment sur les posts "méditation", jamais sur mon expérience personnelle ?

Kassinou le détracteur
En guise de réponse, laisse-moi seulement te dire ce que tu dis quand tu manges un bout le soir : "une fois n'est pas coutume !"

OK, tu n'as pas tort, je dois rester irréprochable dans les 8 préceptes. Mais il faut bien que je parle un peu de ma pratique person­nelle pour inspirer ceux qui hésitent encore à se lancer dans le renoncement, non ?

Kassinou le détracteur
C'est par l'exemple qu'on inspire, pas par les paroles. N'aimes-tu pas dire toi-même : "les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs" ?

Certes, mais l'enseignement par la pratique ne fonctionne qu'avec ceux qui vivent autour de soi. Comment faire avec ceux qui n'ont que le texte de cette page pour me "côtoyer" ? En tout cas, la prochaine fois, avant d'écrire, j'attendrai que tu dormes.

Kassinou le détracteur
Attention, je ne dors toujours que d'un œil…

Rappel des 8 préceptes, à observer sans modération :

  • s'abstenir de tuer un être vivant
  • s'abstenir de vol
  • s'abstenir de tout plaisir sexuel
  • s'abstenir de mensonge
  • s'abstenir d'alcool
  • s'abstenir de nourriture après le milieu de la journée
  • s'abstenir de musique, chant, danse, bijoux, parures, maquillage, parfum
  • s'abstenir de s'installer sur du mobilier luxueux

23 avril

L'importance du samàdhi [4/4]

Le développement du samādhi

Comme indiqué précédemment, la seule façon de développer le samādhi est de maintenir longtemps la vigilance sur un objet de méditation. Si cet objet est multiple (exemple : tout ce qui apparaît à l'esprit, ou toutes les sensations du corps), le samādhi pourra au mieux être "grand", mais pas "profond" au point d'écarter la couche d'illusion créée par le haut débit de sensations (auditives, tactiles, etc.)

Le samādhi complet requiert un objet unique (exemple : la sensation de la respiration en haut de la lèvre, ou la couleur blanche).

Métaphore de la loupe

Pour donner une image physique de ce processus spirituel, j'ai imaginé la métaphore suivante :

Songez à une feuille morte. Si elle est bien sèche et qu'une loupe est placée au soleil à bonne distance, la feuille brûlera.

Le samādhi, c'est la chaleur. Pour chauffer, la feuille (le flot des sens) doit être sèche (sīla). Si elle est humide (comportement malsain), ce sera beaucoup plus difficile. Le soleil (l'attention) doit être constant. Avec des nuages (pensées), ça ne sera pas possible. Si la loupe (la vigilance) balaye la feuille, elle pourra la réchauffer un peu, mais guère plus.

Kassinou le détracteur
Je serais bien curieux de savoir quelle différence tu vois entre l'attention et la vigilance.

L'attention, c'est connaître précisément ce qui est en train de se produire. La vigilance, c'est le fait de maintenir son attention.

Si la focale de la loupe converge avant la feuille (réflexion sur le passé) ou après la feuille (réflexion sur le futur) ou sur le côté (réflexion sur des concepts), la chaleur ne viendra pas. Par contre, si elle demeure sur un point (samatha) de la feuille, on verra un petit rond très lumineux, c'est le "signe", le nimita.

En restant ainsi suffisamment longtemps, la feuille finit par brûler. La couche d'illusion part en fumée, laissant apparaître l'espace de l'esprit. Toutefois, cela ne suffit pas ! Encore faut-il voir (vipassanā) à travers le trou fait dans la feuille. On peut voir en profondeur. On voit le vide derrière la feuille, on voit qu'il n'y a pas de "moi".

Si, sans fixer la focale de la loupe, on regarde la feuille très en détail (vipassanā sèche, c'est-à-dire sans samatha), on découvrira un tas de choses intéressantes, mais on ne verra rien d'autre que la feuille (le flot des sens).

À méditer…

22 avril

L'importance du samàdhi [3/4]

3. Pañña

Pas facile d'expliquer ce que seul un grand sage est en mesure de comprendre. Mais disons que pañña, c'est le discer­nement, la compré­hension profonde de la réalité. Lorsque pañña est faible, on ne peut que croire, imiter, faire confiance. Quand pañña est bien établi, on voit que rien ne vaut la peine qu'on s'y attache. On ne le perçoit pas d'un point de vue mental (comme moi, sinon je ne mangerais pas autant de fromage), mais par expérience (comme un être pleine­ment accompli). Avec pañña, on perçoit les choses telles qu'elles sont, on distingue préci­sément ce qui est sain de ce qui ne l'est pas. On est hors d'atteinte des griffes de l'illusion.

Le petit samādhi

Dans une méditation avec de fréquentes interru­ptions, il est néanmoins possible de produire un peu de samādhi, mais il restera léger. Dans de telles conditions, on peut espérer :

  • de beaux nuages de sīla
  • quelques gouttes de samādhi, de quoi gagner un calme et une lucidité permettant d'améliorer consi­dé­ra­ble­ment son existence, mais encore insignifiant par rapport à ce que peut apporter la méditation
  • tout juste quelques miettes de pañña, de quoi motiver à s'y investir un peu plus sérieu­sement

Le grand samādhi

Qu'il s'agisse d'un objet simple ou multiple, lorsque la vigilance demeure continue et pour assez longtemps, on peut envisager un samādhi plus conséquent, ouvrant la porte à des expé­riences de vision pénétrante.

Dans de telles conditions, on peut espérer :

  • un sīla soigné dans des détails insoupçonnés
  • une rivière de samādhi (qui peut conduire à l'océan)
  • de beaux blocs de pañña
Attention
Seul, le samādhi n'apporte aucun pañña. Par contre, sans samādhi, il est impos­sible d'acquérir pañña.

Le samādhi puissant

Si la "vipassanā sèche" (vigilance consciente sur objet multiple) offre une grande maturité sur le chemin spirituel et d'innombrables bénéfices de toutes sortes (il y a donc déjà largement de quoi faire!), il ne suffit pas au plein accom­plis­sement. Est requise la méditation de type samatha (l'immobi­lité intérieure complète).

Après avoir réduit le temps en un seul point (l'instant présent), on réduit éga­lement l'espace en un seul point (une sensation, une couleur, une qualité…).

Pour entrer en méditation profonde, le samādhi doit être si bien établi que toutes les portes senso­rielles sont fermées. C'est-à-dire que la conscience est tant verrouillée sur l'objet qu'elle ne reste que sur l'esprit, ignorant tout objet des sens. Vous n'entendez même plus un pétard qui explose à vos côtés !

19 avril

L'importance du samàdhi [2/4]

2. Samādhi

Le samādhi, c'est l'esprit posé en toute tranquillité, c'est la stabi­lité intérieure. Il est souvent bien mala­droi­tement traduit par "concen­tration".

La concentration exprime l'idée de forcer, de tout converger. Samādhi, c'est plutôt le lâcher prise complet, l'équi­libre subtil. Une image de la concen­tration serait : tout mettre dans un enton­noir et on pousse pour que tout sorte au même endroit. Une image de samādhi serait : il n'y a plus le moindre mouvement d'air, un pappus (aigrette de poils ultra légers qui trans­porte le grain de pollen au vent), tota­le­ment immobile, qui tient en parfait équi­libre sur une épingle.

Kassinou le détracteur
On parle de prouesses de cirque ou de méditation ?

C'est une image qui exprime le "rien faire" parfait, mais le samādhi relève bien d'une prouesse, celle d'aban­donner complè­tement les pensées qui saturent et collent l'esprit depuis si longtemps.

Qu'il s'agisse de la méditation à objet fixe (samatha) ou à objet multiple (vipassanā), le samādhi se cultive en s'entrai­nant à main­tenir la vigi­lance le plus long­temps possible. C'est la seule façon de le développer.

Conseil
Il importe de ne pas méditer seulement le samādhi et le dimanche.

17 avril

L'importance du samàdhi [1/4]

Concrètement, quand on médite, on développe les qualités clé à la libération intérieure, comme la patience, l'acceptation, le calme ou le détachement, mais de façon globale, les 3 grands compo­sants du chemin spirituel : sīla, samādhi et pañña.

Kassinou le détracteur
T'avais dit que t'éviterais d'employer des mots palis sur ce blog.

Oui, bon, mais t'en as certains que tu ne peux pas traduire sans te retrouver "à côté de la plaque". T'inquiètes pas, je vais expliquer, c'est très simple…

1. Sīla

La base, sīla, c'est la vertu, observer proprement les préceptes, s'abstenir de ce qui est malsain. Pendant que vous méditez, vous êtes non seulement automa­ti­que­ment et plei­ne­ment dans sīla, mais cela vous incite aussi à garder en tout temps un meilleur sīla, car cela vous rend plus sensible aux incon­vé­nients dûs aux compor­te­ments malsains.

15 avril

N'écoutez pas trop les infos !

Inondez-vous moins d'informations, inondez-vous plus de méditation. Ce qui importe n'est pas d'écouter ce qui se passe dans le monde, mais d'écouter ce qui se passe en vous.

Si le monde apprenait à regarder vers l'intérieur, aux informations on parlerait plus de ce qui se passe en vous que de ce qui se passe dans le monde. Cependant, le monde préfère toujours l'extérieur.

Comme une maladie infectieuse, les nouvelles malsaines de l'actualité ne font que se répliquer dans votre esprit. À l'inverse, si vous cultivez votre beau jardin intérieur, c'est vous qui apporterez de la verdure saine au monde.

14 avril

Le bouton magique [4/4]

Pour finir avec ces histoires de boutons, voici les versions 2 et 3 du bouton précédent.

2e version

Si vous appuyez sur le bouton, vous êtes projeté(e) 10 ans en arrière et devez tout revivre jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'ici, pas de différence. Mais si vous n'appuyez pas sur le bouton, vous serez projeté(e) 10 ans dans le futur, puis continuez de vivre la suite, avec votre mémoire telle que si vous aviez vécu chaque instant de ces dix prochaines années.

La question est donc : Êtes-vous suffisamment attaché(e) à l'idée de connaître pro­gres­si­ve­ment tout ce qui va vous arriver dans les 10 prochaines années pour estimer valoir la terrible peine d'expé­ri­menter de nouveau chacune des 3652 journées passées ?

Kassinou le détracteur
C'est débile ton truc. Et si je décide de ne pas appuyer pour bondir 10 ans plus tard, mais que je devais mourir dans 3 ans ?

Alors tu te retrouves directement à 7 ans (moins la gestation) dans ta prochaine vie. Comme ça, tu échappes d'un coup aux souffrances de fin de vie, à celles de la mort et celles de la naissance.

3e version

Dans cette dernière version, ne pas appuyer sur le bouton ne fait rien, mais appuyer dessus vous projette 10 ans plus tard. Êtes-vous suffisamment détaché(e) pour choisir de gagner un raccourci vers dix années d'ex­pé­rience et d'apprécier l'idée d'avoir 10 ans de misère en moins ?

Kassinou le détracteur
Toute façon, même si la vie c'est vraiment de la misère, à la fin de la vie, c'est la fin de la misère, puisqu'on a qu'une seule vie.

Si tu avais raison, ce serait trop beau ! Mais si ce n'est pas le cas, alors tu peux être sûr qu'il n'est pas la peine d'appuyer sur un bouton pour revivre encore et encore les mêmes choses et refaire encore et encore les mêmes erreurs, étant donné que, mani­fes­tement, à chaque nouvelle vie, nous oublions la précédente.

Alors autant faire de notre mieux pour façonner des habitudes saines pour qu'elles deviennent innées.

13 avril

Le bouton magique [3/4]

Les sages œuvrent à se libérer de l'existence, car ils ont compris, ils perçoivent qu'elle n'est qu'un fardeau, un condi­tion­nement indé­si­rable, un moulin à misère. Piégé par l'illusion, on peut percevoir l'inverse. D'ailleurs, Bouddha a même dit :

Bouddha a dit :
De même qu'une particule d'excrément, même minuscule, sent mauvais, une particule d'existence, même minuscule, n'est pas à recommander.
Kassinou le détracteur
En clair, il dit que la vie c'est de la m**** ! Je ne suis pas du tout d'accord, je trouve ma vie très belle !

Cela signifie que même la plus grande des béatitudes n'est que la conséquence d'un condi­tion­nement insatis­faisant, donc pénible. Fort d'une telle compré­hension mentale, il est malgré tout difficile d'avoir une vue correcte sur le caractère indésirable de l'existence, car nos atta­che­ments nombreux et puissants nous font voir sain ce qui est malsain et malsain ce qui est sain. Voici un exemple qui permet toutefois de s'en donner une bonne idée…

Imaginez un (3e) bouton magique. Si vous appuyez dessus, vous êtes projeté(e) 10 ans en arrière. Vous allez donc revivre tout ce que vous avez vécu durant 10 ans jusqu'à aujourd'hui, éprouvant de nouveau les choses les plus agréables comme les choses les plus désa­gré­ables. Comme vous retrouvez votre mémoire de l'époque, vous ne vous souvenez plus que vous avez déjà vécu tout cela, donc vous ne modifiez rien, vous n'évitez aucune bêtise.

Vous revivez chaque jour, chaque seconde, avec les mêmes sensations, les mêmes émotions, les mêmes pensées. Vous connaissez peut-être les mêmes joies et les mêmes exci­tations, mais surtout les mêmes craintes, les mêmes angoisses, refaisant encore et encore les mêmes erreurs, revivant les mêmes conflits, les mêmes pertes, les mêmes accidents et les mêmes milliers d'heures à vous ennuyer.

Kassinou le détracteur
Et quand on revient à la fin des 10 ans, on appuie encore sur le bouton et on revit les mêmes 10 ans en boucle infinie. Alors si ça se trouve, on est en train de revivre ces dix années pour la 13854e fois !

Disons que le bouton ne fonctionne qu'une seule fois. Quoi qu'il en soit, aurais-tu appuyé dessus ? D'ailleurs, qui aurait-il appuyé sur ce bouton ? Qui eut été assez fou pour revivre toute cette masse d'inquié­tudes et d'ennuis, parsemée de quelques plaisirs vains ?

Même si ces dix années étaient les meilleures, avec des périodes de grande joie et de grande paix, qui voudrait les revivre exac­te­ment de la même façon ? Si la vie était une chose aussi belle que cela, nous voudrions revivre ces dix années encore et encore, n'est-ce pas ? La vie semble plutôt comme un télé­phone ou un vêtement qu'on veut abso­lument, mais peu après l'avoir obtenu, on en désire déjà un autre. En conclusion :

Ce qui nous fait vouloir vivre, n'est-ce pas la curio­sité, le désir de change­ment, l'espoir que c'est toujours mieux après, la croyance que le futur existe et qu'il finira par fournir quelque chose qui en vaille toute la peine ? Alors qu'est-ce que le désir d'existence, sinon un concentré d'aveu­glement ?

tweeté par isi

La vigilance, la bonne volonté et le détachement sont les composants du vaccin efficace contre le virus de la dictature numérique.

7 avril

Le bouton magique [2/4]

J'appuie sur le bouton. Il ne se passe rien… Mince, c'est vrai, il n'existe pas. Trouvons un bouton qui existe…

Voilà ! J'en ai trouvé un ; il ne s'agit pas vraiment d'appuyer, mais de jeter, de lâcher son smartphone à la poubelle. Enfin, de s'en défaire en le donnant par exemple, car les nonnes birmanes qui m'ont offert mon smartphone ne seraient sûrement pas joyeuses à l'idée que leur récente donation soit mise aux ordures.

Les inconvénients de renoncer à son smartphone (ET à son ordinateur ET à sa télévision, bien sûr !)

  • On ne peut plus communiquer et partager avec les gens éloignés
  • On ne peut plus rechercher des informations pratiques
  • On ne peut plus créer des choses qui se sauvegardent facilement

(et je ne dois pas en oublier beaucoup)

Les avantages d'un tel renoncement

  • Gain de temps énorme
  • Fatigue du cerveau et des yeux considérablement amoindrie
  • Meilleure qualité du sommeil
  • Meilleure aptitude au développement spirituel
  • Capacité accrue à la vigilance
  • Meilleure attention à son environnement (naturel et social)
  • Finie l'indépendance aux distractions "dopaminantes"
  • Finie la soumission aux GAFA et à l'exploitation de ses données personnelles
  • Finie la crainte de perdre un son appareil
  • Réduction des frustrations (batterie vide, dysfonctionnement d'application, perte de données…)

(et je dois en oublier plein)

On pourrait ajouter, parmi les avantages, que ce "bouton" existe réellement. Alors, aux oubliettes, le smartphone ?

Personnellement, même s'il est difficile d'échapper à tous les incon­vénients précités, les rares avan­tages me sont pour le moment fort utiles. Et il serait malhon­nête d'affir­mer que je sois sans atta­chement pour certaines appli­ca­tions bien conçues et bien pratiques.

Kassinou le détracteur
Alors tu peux te faire disparaître défini­ti­ve­ment, d'un coup, sans sour­ciller, mais tu restes croché à ton portable comme un fumeur d'opium à sa pipe ?

Exactement ! Si je lâche mon smartphone, je serais en manque (bien que je suis capable d'effectuer une retraite méditative de trois mois sans y toucher). Par contre, avec le bouton magique, toutes les contraintes s'envolent pour toujours ! Il n'y a plus de soi, donc plus personne pour souffrir.

Pour me consoler, je me dis que mon téléphone n'a pas la fonction téléphone (pas de numéro attribué) et je m'abstiens de tout un tas de poisons, tels que Facebook, la musique, les films, les jeux. Bien qu'il m'arrive fréquemment d'apprécier une vidéo futile.

Kassinou le détracteur
Et quand tes propres vidéos reçoivent un grand nombre de vues ou de likes, tu es bien content, non ?

Oui, je le confesse.

En tout cas, si l'abandon du smartphone est trop radical, on peut néanmoins limiter une grande partie de cet esclavage.

Le tout est de rester vigilant et d'éviter un tant soit peu la distraction et la futilité.

Naturellement, vous le saviez déjà, tout ça. Mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal.

Et vous, êtes-vous prêt(e) à appuyer sur le bouton d'arrêt définitif de votre smartphone ? Sinon, qu'est-ce qui vous en empêche ?

6 avril

Le bouton magique [1/4]

Imaginez un bouton magique. Vous pouvez appuyer dessus, ou pas. À votre convenance. Si vous appuyez dessus, à cet instant précis, vous n'existez plus. À l'instar des êtres pleinement éveillés, vous êtes défini­ti­ve­ment libéré(e) du cycle des vies et des morts. Vous ne connaîtrez plus jamais la moindre insa­tis­faction, toutes vos dettes karmiques sont effacées, comme un coup d'ardoise magique. Finies à jamais, les peurs de l'avenir, les souffrances de la maladie, les angoisses de la mort. Adieu les soucis de toutes les sortes !

Ce bouton apparaît au moment même où vous lisez cette phrase, et pour 5 minutes. Après cela, l'oppor­tunité ne se repré­sentera plus. Impos­sible de prendre le temps de revoir une dernière fois certaines personnes, d'achever certains projets, d'expé­ri­menter encore certaines sen­sa­tions, ou de régler quoi que ce soit. Cela dit, dans tous les cas, dès que vous aurez appuyé sur le bouton, cela ne fera plus la moindre diffé­rence pour vous.

Si la seule chose qui vous empêche d'appuyer sur le bouton concerne ceux que vous laissez derrière vous, alors imaginons que ce sera comme si vous n'avez jamais existé pour eux et qu'ils ne manqueront de rien.

Si vous n'appuyez pas sur le bouton, il ne se passera rien et tout continuera comme cela doit continuer.

Avant la fin des 5 minutes, allez-vous appuyer sur le bouton magique?

 

Kassinou le détracteur
Pourquoi parler d'un truc qui n'est même pas possible ? Tu nous ponds de grands discours pour nous dire que c'est une perte de temps de parler de choses futiles. Et là, c'est même pire, car ce bouton n'existe même pas !

C'est pour mettre le doigt sur le poids de nos attache­ments. C'est un test qui permet de mesurer un peu l'ampleur de nos désirs plus ou moins enfouis. La dernière chose qui peut nous empêcher d'appuyer sur le bouton, c'est notre attachement à la vie, au désir d'existence, au soi, c'est-à-dire le plus fort des attache­ment, le dernier qui lâche avant la Libération. Attention : cela ne signifie pas que quelqu'un qui choisit sincè­re­ment d'appuyer sur le bouton n'a plus d'atta­che­ments.

Personnellement, même si je suis encore sous l'emprise de toutes sortes d'atta­che­ments, j'appuie sur le bouton sans la moindre hésitation, même si je suis sur le point d'obtenir les oppor­tu­nités les plus inté­res­santes de mes rêves les plus fous.

Kassinou le détracteur
Comme tu te la pèèètes !

Oui, c'est un attachement qui a toujours été fort chez moi, même si d'apparence discrète. J'ai beau en être conscient, mais c'est plus fort que moi. C'est bizarre. Lorsque quelque chose ne m'atteint plus, il me plaît de le laisser savoir. Je sais, c'est ridicule. En tout cas, je me soigne. Parfois (pas toujours, donc), lorsque quelqu'un se méprend, qu'il pense que j'ai peur de ceci, que j'ignore cela, je ne suis qu'un débutant dans un domaine où je me dé­brouille bien, j'arrive à le laisser croire, et j'en suis satisfait, comme un gamin qui sent qui grandit.

C'est très subtil, l'orgueil. Pour certaines choses, on peut être relati­ve­ment humble, mais pour d'autres, c'est peut-être puéril, mais presque incon­trô­lable, comme une maladie.

Merci Kassinou de pointer mes faiblesses – publi­quement, qui plus est. Peu importe avec quelle intention tu le fais, ça me montre ce que je dois nettoyer et me donne l'oppor­tu­nité de reconnaître ouver­te­ment mes taches, ce qui est un bon exercice.

Pourquoi cet orgueil du détachement ?
Je n'ai ni maison, ni voiture, ni femme, ni diplôme, ni célébrité… Il faut bien que je frime sur quelque chose !

Pour revenir au bouton magique, ce qu'il y a d'inté­ressant, que l'on appuie dessus ou pas, est que cela permet une vue d'en­semble sur ses attache­ments les plus forts, dont on n'est pas toujours conscient, et permet ainsi un petit travail d'in­tros­pec­tion sur ces dits atta­che­ments :

  • Sont-ils si utiles ?
  • Pourquoi ?
  • Concrètement, que sont-ils ?
  • Ne sont-ils pas que des rêves vides de sens ?
  • Puis-je les abandonner ?
  • Comment ?

5 avril

L'attachement à la vie

La vie de renonçant – qu'on appelle aussi la vie sainte – est un mode d'existence très facile. La seule diffi­culté réside dans les atta­che­ments, notam­ment les habitudes mal­saines et le désir de diver­tissement.

Voici une liste d'attachements, loin d'être exhaustive  :

  • L'attachement au confort
  • L'attachement au matériel
  • L'attachement à l'argent
  • L'attachement à l'esthétique
  • L'attachement à la distraction
  • L'attachement au changement
  • L'attachement aux plaisirs sensoriels
  • L'attachement au corps
  • L'attachement aux personnes
  • L'attachement aux lieux
  • L'attachement aux habitudes
  • L'attachement aux idées
  • L'attachement aux croyances
  • L'attachement au passé
  • L'attachement aux projets
  • L'attachement au pouvoir
  • L'attachement aux connaissances
  • L'attachement aux capacités
  • L'attachement à la réputation
  • L'attachement à ce que les autres pensent de soi
  • L'attachement à la santé
  • L'attachement à la méditation aisée
  • L'attachement au détachement
  • L'attachement à la béatitude
  • L'attachement à la vie
  • L'attachement à une vie après la mort
  • L'attachement à l'idée du soi

Le renonçant comprend les choses telles qu'elles sont, sans s'y attacher. Il est celui qui s'entraîne à renoncer à la vie, car il comprend que la vie, aussi agréable semble-t-elle parfois, débouche conti­nuel­le­ment et inévi­ta­ble­ment sur l'insa­tis­faction. Ce que nous appelons la vie n'est qu'un fardeau dont se soulagent les êtres (pleine­ment) éveillés.

Vous fumez, puis décidez d'arrêter. Les premiers temps, il vous est difficile de résister, mais après un temps plus long, la seule idée d'allumer une cigarette vous écœure.

De même que vous avez bien renoncé à la cigarette, lorsqu'un sage a bien renoncé à tout, lorsque, à la fin de sa vie, lui est proposé une nouvelle vie, il dit :

  • Non merci, j'ai arrêté.
Kassinou le détracteur
Si je comprends bien, ceux qui se suicident sont des grands sages ?

Tu comprends mal ! Ce qui conduit au suicide, c'est un atta­che­ment puissant à ce que les choses soient diffé­rentes de ce qu'elles sont, une croyance que ce sera mieux après, une inca­pa­cité d'accep­tation, une vision erronée de la réalité. Le sage, lui, accepte chaque situa­tion, même difficile, son discer­ne­ment est correct, il se déleste progres­si­vement de tous les atta­che­ments, des plus gros jusqu'aux plus petits.

Nous sommes dans une prison à perpétuité. Le sage éveillé est libéré pour bonne conduite. Se suicider, c'est comme tuer le gardien qui vient d'ouvrir la porte de la cellule. On croit s'être échappé, mais avant d'atteindre le bout du couloir, on est attrapé et mis au cachot.

Bien sûr, la plupart d'entre nous sommes si attachés à la vie que nous avons beaucoup de mal à accepter cette idée que l'apogée de la sagesse consiste à aban­donner le désir de vie, aban­donner le désir d'être, aban­donner le soi.

Pour l'instant, ce qui compte, c'est de travailler sur les détachements qui sont à notre portée.

2 avril

Le désir, plus fort que tout

Dans quel monde vit-on ?

Quand vous exposez ce qui est bénéfique, il n'y a qu'une poignée d'intéressés. Quand une fille montre un bout de ses fesses, il y a des millions de vues.

Lorsque j'affirme que les gens génèrent beaucoup plus d'états d'esprit malsains que sains – même parmi ceux qui ne tuent ni n'oppriment –, on hausse les yeux comme si mon propos était insensé.

C'est que très répandue est la croyance que le désir est une chose propice. Le danger, c'est d'amalgamer les états sains avec les états malsains, comme le bonheur avec le plaisir. Car oui, le désir n'est que la tendance naturelle – dans le sens de sauvage, ou non apprivoisé – de l'esprit à l'avidité. Et quand on parle d'amour, on voit de la bienveillance où il n'y a que de l'attachement.

Il me semble que s'il donne un peu d'attention, même un enfant peut fort bien comprendre cela, non ?

Dans quel monde vit-on ? Dans un monde dirigé par l'avidité, le rejet et l'aveuglement.

Kassinou le détracteur
L'espace interstellaire est silencieux, mais il n'est pas vide ! Certains ne peuvent plus se passer de mes belles paroles. Et pour que je puisse briller, j'ai besoin de tes écrits maladroits. C'est un peu comme un médecin, il ne peut pas vivre sans malades.

1er avril

Face au vide de l'univers

Ayant bu hier une boisson au gingembre, j'ai eu du mal à dormir cette nuit. J'ai alors médité un peu, mais surtout pensé, à ce blog notam­ment. J'ai hésité à l'aban­donner. Deux choses tendent à endom­mager ma moti­vation.

Une certaine contrainte. J'aime écrire, mais j'aime moins l'idée de devoir produire régu­lière­ment quelque chose. À certaines périodes, l'esprit n'est pas à l'écriture.

L'absence d'échanges. j'ai l'impression d'en­voyer des messages dans l'espace, sans l'assu­rance qu'un jour ils feront écho.

Kassinou dirait que c'est de ma faute, car j'ai fait le choix de ne pas laisser la possi­bi­lité de commen­taires publics. Certes, mais je reste très ouvert aux e-mails, à ce que mon travail soit partagé (avec les amis) par ceux qui l'appré­cient, et aux ren­contres, pour des échanges directs et vivants.

J'ai fait le choix du renoncement. Ce n'est pas pour m'enfermer dans un blog, ni pour consacrer du temps et de l'énergie pour lancer des messages dans le vide inter­stellaire.

Il faut donc s'attendre à ce que mes posts se fassent plus rares.

Remarque
Après ce post, j'ai reçu quelques messages plutôt encourageants. Je sais désormais que je ne publie pas dans le vide !

L'un m'a même assuré qu'il s'agissait de son blog de chevet. Alors avec une telle respon­sa­bilité…

tweeté par isi

C'est en acceptant l'imperfection qu'on se perfectionne.

21 mars

Bouddha n'était pas bouddhiste !

Ceux qui mettent sincèrement en appli­ca­tion les conseils prodi­gués par Bouddha finissent par aban­donner leurs croyances, super­sti­tions et pratiques de rituels.

En effet, à force de faire face, en pleine cons­cience, à la réalité, et par consé­quent de distinguer le processus de causes et effets, ils perçoi­vent l'inuti­lité et la limi­tation des croyances, voire leur danger.

Kassinou le détracteur
Ton site sent le bouddhisme à plein nez, mais tu n'en parles jamais direc­tement. Alors sois clair : tu es pratiquant d'une religion, non ?

Le bouddhisme est une religion créée et perpé­tuée par ceux qui n'appli­quent pas correcte­ment les ensei­gne­ments de Bouddha.

Un digne adepte de Bouddha est celui qui cherche sim­ple­ment à com­prendre son esprit. Il cultive de son mieux la vertu, l'honnê­teté, la courtoisie, la tolé­rance, la vigi­lance, et il évite la paresse et les atta­che­ments.

Où est la religion, là-dedans ?

tweeté par isi

Je suis pauvre, mais je mange à ma faim.

Et surtout, 24 heures par jour ne suffisent pas pour apprécier pleine­ment tout ce que la nature me donne.

Pourquoi en voudrais-je plus ?

15 mars

La meilleure méthode de méditation

Asseyez-vous par terre et ne faites rien du tout.

Kassinou le détracteur
Et comment il faut faire pour ne rien faire ? Enfin… je veux dire comment il ne faut pas faire ?

Si tu te poses des questions, c'est déjà trop ! Il convient de ne même pas penser !

Mais c'est impossible !

Alors essaie juste de faire le moins possible.

Voir aussi :
Rien

12 mars

Le grand jeu

À propos de publicités sur Internet, il y en a une qui montre un jeu vidéo sur le thème de la mafia. Au niveau 1, on commence par être une femme de chambre, par exemple. Ensuite, on acquiert d'autres positions. On devient diverses sortes de voyous, de petits caïds, jusqu'au niveau 30 : le parrain en personne.

Naturellement, j'ai tout de suite imaginé un jeu de ce genre, construit sur le contexte du dévelop­pe­ment spiri­tuel. Un jeu qui nous inci­terait aussi à nous affran­chir du jeu des appa­rences. Ainsi, au niveau 1, on pourrait même être un moine, et au niveau 30, on pourrait tout à fait, pourquoi pas, être une femme de chambre ! L'ascen­sion des niveaux ne serait pas basée sur sa capacité à tuer et voler, mais plutôt – entre autres – sur la qualité des com­por­te­ments et d'attention.

Cependant, il existe déjà un jeu de ce genre, gratuit, bien plus abouti, bien plus complet, qui ne nécessite aucun appareil, et avec lequel il n'est pas possible de tricher. C'est la Vie.

Ce jeu est parfaitement adapté à son propre niveau, il foisonne d'épreuves intéres­santes. Avec un bon entraî­ne­ment, on décèle facile­ment les oppor­tu­nités d'accéder aux niveaux supé­rieurs. Et contrai­re­ment au jeu mafieux, on ne gagne pas en écrasant les autres, mais en les respec­tant et en les proté­geant. Bien sûr, c'est un jeu trop diffi­cile pour ceux qui sont attachés aux plaisirs faciles.

Bon jeu à tous !

7 mars

Du vin dans le biberon

Si l'on ajoute trois gouttes de vin dans le biberon de bébé et que l'on remplace gra­duel­le­ment le lait, à 10 ans, il ne boira que du vin, et pour lui, ce sera normal.

J'ai entendu dire que si l'on met une gre­nouille dans de l'eau bouillante, elle s'échappe d'un seul bon, mais si on la place dans de l'eau à tempé­rature ambiante que l'on porte lente­ment à ébulli­tion, elle reste et meurt sans se rendre compte de la chaleur.

À l'identique, si, il y a 10 ans en arrière, Internet était devenu subi­te­ment tel qu'il est aujour­d'hui, truffé de publi­cités agres­sives, le peuple n'aurait jamais accepté une telle intru­sion. Scan­da­lisé, il serait descendu dans la rue.

Accoutumés peu à peu, on trouve cela – plus au moins – normal. De nos jours, Internet est presque comme un verre de vin avec quelques gouttes de lait : une plate­forme publi­ci­taire et commer­ciale où sub­sistent encore quelques articles et outils utiles.

Imaginez à quel point les nouveaux-nés sont vierges de tout. En quelque sorte, ce sont de grands vertueux poten­tiels, débar­qués dans leur nouvelle vie humaine purs comme des anges. Quel que soit leur bagage passé, leur mémoire remet les compteurs à zéro, comme pour leur laisser la chance d'un nouveau départ propre.

Progressivement, on les habitue à fuir tout terrain propice au déve­lop­pe­ment de la sagesse  : le silence, la tran­quil­lité, les choses simples et natu­relles. On les accou­tume aux dis­trac­tions, aux sucreries, aux bruits, au mensonge, à la course aux gains, à la violence, à toute une pano­plie de choses futiles et mal­saines.

Nous étions tous de tels bébés, mais à présent, boire, fumer, tricher et passer beaucoup de temps à se plaindre, à manger des hambur­gers ignobles et à se noyer dans la drogue des pixels est devenu à peu près normal.

Fort heureusement, il arrive parfois que l'un d'entre nous en prenne cons­cience et par­vienne à faire preuve d'assez de déter­mi­na­tion pour remettre petit à petit du lait dans son vin, jusqu'à retrouver le goût du Saint sain sein maternel.

1er mars

Dissoudre ce qui bloque

La méditation est la chose la plus simple à faire. Si la plupart des gens n'y parvien­nent pas correc­te­ment, c'est parce qu'il y a des choses qui bloquent, qui frei­nent, qui voilent. Ces choses finis­sent par se dissoudre à force de déve­lopper les qualités d'un esprit sain, honnête, et capable de se satis­faire de peu.

Kassinou le détracteur
Il n'y a aucune chose qui coince chez moi. J'ai l'esprit pur !

Si c'est vraiment le cas, alors tu n'as qu'à t'asseoir, fermer les yeux et ne rien faire. Tu t'immer­geras en médita­tion profonde aussi sûre­ment qu'un caillou lâché dans l'eau tombe droit et direc­te­ment vers le fond.

tweeté par isi

Depuis que je me préoccupe plus du bien-être des autres que du mien, je suis beaucoup plus heureux.

22 février

Un monastère parfait

En ce moment, je suis hébergé chez mon cousin, à Genève. Le loge­ment est minus­cule, encombré de choses inutiles, mais on ne manque de rien et le calme est grand. Cerise sur le gâteau, il y a de l'eau chaude. L'enfer de la douche et de la vaisselle devien­nent un paradis !

On fait ce qu'on a à faire, on vit sim­ple­ment, sans rites, sans réci­ta­tions, sans fixa­tion maladive sur les appa­rences, sans déran­ge­ment d'aucune sorte. Tout est simple, naturel, ce qui est haute­ment appré­ciable.

Bien sûr, être confronté avec des perturba­tions et obsta­cles de toutes sortes est indis­pen­sable au dévelop­pe­ment spiri­tuel, mais parfois, des périodes de grande tran­quil­lité le sont tout autant.

Si un monastère est un lieu où l'on doit être déguisé et suivre des rites reli­gieux, alors cet appar­te­ment étriqué n'en est pas un. Si un monas­tère est un lieu paisible, propice à la médi­tation et au déta­chement, alors ce petit deux-pièces est un monas­tère parfait.

15 février

La réussite dans la méditation

Dans la méditation, la principale erreur est de vouloir quelque chose autre­ment que ce qu'elle est.

Nous voulons toujours qu'il y ait moins d'incon­fort, plus d'énergie, moins de pensées, plus de sta­bi­lité, moins de bruit, plus de ci, moins de ça…

Kassinou le détracteur
Alors on peut parvenir aux hauts accom­plis­se­ments tout en bai­gnant dans la fatigue, l'agi­ta­tion et le doute ? Je croyais que l'esprit devait être nettoyé de toutes ces impu­retés.

C'est exact, mais le seul moyen de procéder à ce nettoyage, c'est la com­pré­hen­sion. Pour com­prendre en profon­deur, il faut bien observer. Et il n'y a qu'en accep­tant tout dans les moindres détails que l'ob­ser­va­tion est possible. Un esprit dans le refus, la frus­tra­tion ou l'ex­pec­ta­tion est un esprit aveugle.

Ainsi : Le secret de la réussite dans la médi­tation, c'est la pleine accep­tation.

11 février

Le désir

Désirs, attachements et libido sont source de toutes nos souf­frances. Le seul moyen d'en échapper est de les observer direc­te­ment, encore et encore. Les com­prendre en profon­deur est la clé.

Kassinou le détracteur
Sans plaisirs, la vie est triste à mourir !

C'est ce que croient tous ceux qui n'ont jamais essayé de réduire leurs désirs, ceux qui s'y plongent sans réaliser qu'ils sont l'unique cause de tout leur mal-être et de toutes leurs frus­tra­tions.

En réalité, plus on restreint les plaisirs sen­suels, plus on accède à un bonheur authen­tique. Nous confon­dons souvent le bonheur, résultat naturel du déta­che­ment, avec le plaisir, objet d'avi­dité. Le premier est sain, mais ce n'est pas le cas du second, cause de tous nos pro­blèmes.

8 février

Astuce anti colère

Si quelqu'un adopte un comportement susceptible de vous agacer, il peut suffire de penser aux trois points suivants pour éviter la colère.

1) Ce qu'il vous fait subir est exactement ce que vous avez fait subir par le passé.

Proverbe
On récolte ce qu'on sème.

2) Si vous vous fâchez, c'est uniquement parce que vous vous atta­chez aux situa­tions telles que vous voudriez qu'elles soient.

3) La vie réelle est le seul jeu où l'on gagne des points pour de vrai. Si vous vous empor­tez, vous perdez. Si vous parve­nez à laisser passer sans sour­ciller, à accepter la situa­tion, voire éprou­ver de la compas­sion, vous gagnez.

À force de jouer ainsi, vous finirez par être imba­table !

3 février

Les entraves à la méditation [2/2]

3. La torpeur, la paresse

Pour en être affranchi, l'esprit doit être reposé, totale­ment relaxé et motivé.

4. L'agitation, l'inquiétude

L'esprit a simplement besoin de calme. On reste assis, immobile, et l'on choisit un objet fixe et apaisant, comme le souffle.

5. Les doutes

La confiance en ses propres capacités s'acquiert avec de l'expé­rience. Il est donc naturel de douter quand on est débu­tant. Une erreur fré­quente et de mettre la barre trop haute.

Pour raffermir sa confiance envers la méditation, il importe d'essayer diffé­rentes méthodes (le secta­risme ne paie pas) et de lire ou écouter des expli­ca­tions de sources variées sur la médi­ta­tion. Mais plus que tout, de fré­quen­ter des personnes inspi­rantes, amicales, ayant une expé­rience propice dans la médi­tation.

À noter :
Les entraves n'apparaissent que dans l'esprit. Exemple : un bruit n'est pas un empêchement; l'esprit peut l'accepter, et même le prendre pour objet de méditation. Si un bruit gêne un méditant, il s'agit de la 2e entrave : le rejet.

Si les entraves peuvent être grossières au début, elles peuvent se faire très subtiles au fur et à mesure de la progression dans la méditation.

1er février

Les entraves à la méditation [1/2]

Le travail de la méditation, plus que tout, est l'art de sur­passer les obstacles.

Jusqu'au bout, on ne fait que traverser une forêt d'empê­che­ments. Parfois, on coupe les arbres qui nous barrent la route, mais ils repous­sent. Alors on essaie de les déra­ciner, afin de dégager notre propre chemin vers les absor­ptions pro­fondes et la pleine sagesse.

Kassinou le détracteur
T'es en train de dire que la méditation, c'est avant tout du nettoyage ?

Exactement ! On nettoie tout ce qui gêne, et quand la vitre est propre, il n'y a plus qu'à laisser la lumière nous inonder !

On distingue 5 catégories d'entraves :

1. Les plaisirs

Comment résister aux pensées plaisantes lors d'une médi­tation ennuy­euse et incon­for­table ?

En vérifiant l'objet d'observation ou/et en s'y inté­res­sant de plus près.

2. Le rejet, le mécontentement

Il s'anéantit par la pratique de l'acceptation, de la gratitude, de la bien­veil­lance. Un esprit joyeux ne connaît pas cette entrave.


(À suivre...)

27 janvier

Aller simple pour isi et maintenant

Après 10 ans sans sortir de la Birmanie (j'exa­gère, à peine 9 ans et demi en réalité), je m'envole pour la Suisse. Aussi pour un mode de vie simple et naturel, loin des lieux spiri­tuels ou monas­tiques, dirigés par des acteurs qui souvent ne font que jouer un rôle.

Mes projets ?

Aucun plan, juste rester dans l'instant présent. Qui dit projet dit attente, donc frustra­tion. Qui dit pas de projet dit dispo­ni­bi­lité, liberté, quiétude, joie et conten­tement.

En clair : être ce que je suis et dans l'instant, c'est-à-dire isi et maintenant.

26 janvier

Sortie de la secte

Aujourd'hui, je suis inondé de félicité, car je quitte la secte. C'est para­doxal : je renonce à ce qui est censé nous aider à renoncer.

En dehors de rares exce­ptions (le moine Ajahn Chah en est certai­ne­ment le meilleur exemple), je n'ai cessé de constater que la commu­nau­té monas­tique n'est plus du tout ce qu'elle devait avoir été au temps de Bouddha.

Comme je préfère me concentrer sur les états mentaux favo­rables, je m'abstien­drai de décrire ceux avec lesquels je suis accueilli (souvent et en ce moment-même) dans ces lieux qu'on appelle – je me demande bien pourquoi – des monas­tères.

Le monde est ainsi fait, il n'y a qu'à accepter les choses telles qu'elles sont et l'on se sent toujours bien. Ou en tout cas bien mieux que lorsqu'on se laisse submerger par l'indi­gnation.

À côté de cela, les gens les plus simples de ce pays sont d'une bonté remarquable. Ils n'ont pas de conseil à recevoir en matière de patience, d'hos­pi­ta­lité, de géné­ro­sité et de gen­til­lesse.

21 janvier

Pas tous les jours

C'est le titre de mon dernier court-métrage. C'est aussi pas tous les jours que je fais un film, d'autant plus que j'ai déclaré ne plus en faire.

J'ai rencontré Yoon Ei Khin (prononcer “ion i khing”), l'actrice principale, à mon arrivée à Mandalé, le 31 décembre au soir. Dès la première minute, je suis bluffé par l'énergie (en quantité, mais aussi en qualité) de cette gamine très sûre d'elle et pas plus haute que trois pommes. Je me dis :

  • Il faut faire quelque chose avec un tel potentiel, ce n'est pas possible autrement !

Deux jours après, l'idée tombe du ciel et nous commençons les entraînements. Force est de constater qu'elle a la principale qualité d'une actrice  : elle demeure naturelle. Je connaissais déjà les deux grandes depuis des années. Les deux autres sont simplement leurs petites sœurs respectives.

Aussi, je suis bien content d'avoir réussi à tout faire à l'aide de mon smartphone (filmage, montage, affiche…)

J'ai mis le film (5mn 23) en ligne hier après-midi et achevé le sous-titrage français.

Pitch

Une petite fille médite paisiblement. Deux de ses connais­sances ne croient pas qu'elle médite vraiment, alors elles décident de venir la taquiner…

Court-métrage
Pas tous les jours
N'oubliez pas…
Aimer et partager le film sera la meilleure façon pour que plus de monde ait l'opportunité de le voir, et surtout, ce sera le seul moyen de faire plaisir aux petites actrices, qui n'ont rien gagné pour leurs efforts.
Retour en Europe
Oui, je vais prendre l'avion pour l'Europe, en pleine pandémie (en février).

Ce n'est pas tant que je suis content de retrouver les nombreux avantages d'être en Europe après une dizaine d'années sans sortir de la Birmanie, mais mon visa et mon passeport arrivent à expiration.

17 janvier

De beaux diplômes, et après ?

La nuit passée, j'ai rêvé qu'on m'avait inscrit à l'Uni­ver­sité pour 5 ans. J'eus alors le réflexe de penser :

  • Tout ce qui m'arrive a une bonne raison d'être. Acceptons les choses telles qu'elles se présen­tent ! Essayons donc et nous verrons bien…

Toutefois, en songeant que cela signifie cinq années à se remplir tous les jours la tête de théorie, et de passer des examens diffi­ciles, j'aban­donnai aussitôt. Les examens ont toujours été ma hantise, à tael point que je n'en ai jamais réussi un seul, pas même le code de conduite.

Ce qui a certainement engendré ce rêve, c'est que bientôt, je vais devoir passer le double test covid-infec­tions qu'il convient de réussir pour être auto­risé à prendre l'avion.

Au réveil, j'ai eu cette réflexion…

Untel est bardé de beaux diplômes et il en est si fier qu'il les a encadrés pour en décorer le mur de son bureau. Aussi, il ment, il trompe sa femme, il boit copieu­se­ment, il jouit de nombreux biens, mais n'aide jamais ceux qui sont dans le besoin, il ne tra­vaille jamais sur sa colère, sa paresse et ses nombreux autres vices. À sa mort, quand il s'agira d'être redi­rigé vers la prochaine renais­sance, qu'est-ce que ces diplômes lui appor­teront ?

Kassinou le détracteur
Je ne crois pas qu'il y ait une autre vie après la mort.

Ça ne me dérange pas, c'est ton droit. Cela dit, ce peut être risqué d'être trop septique. En tout cas, les incon­vé­nients d'une mauvaise pratique de vie appa­rais­sent bien avant la mort, et d'ailleurs déjà au moment même des pensées, paroles ou actes.

La qualité de notre intention influe direc­te­ment sur notre bien-être, ou mal-être, selon.

tweeté par isi

Les attachements ne se vainquent pas en se forçant à les éviter, ni en les nour­ris­sant, mais à force de les observer.

12 janvier

Espace vide

On a toujours besoin d'espace vide dans son esprit, comme dans une maison. Il est mal aisé de vivre dans une maison si rem­plie qu'on peut à peine circuler. Plus il y a de l'espace vide, mieux l'on y est.

De la même façon, le bien-être intérieur requiert des moments libres, c'est-à-dire de non-faire et de non-penser.

9 janvier

Départ à zéro

Pour la dernière fois, je me rase tête et barbe.

Bientôt et désormais, je me couvrirai de marron choco­lat, couleur des méditants et ascètes.

Non, je ne vais pas me badigeonner de teinture, je parlais bien sûr de la couleur vesti­men­taire.

Hier, on m'a déjà offert un peigne !

Oui, ce post n'apporte pas grand-chose. Disons que pour moi, cela marque un nouveau départ.

7 janvier

Des petites pleines de zèle

Clandestinement hébergé chez une partie de mes jeunes actrices, me voilà bien ins­tallé. Les monas­tères n'étant pas auto­risés à accepter des personnes de passage, c'est ma seule option pour rester un peu à Mandalé. Les parents se font une joie de me prépa­rer des repas simples mais très bons. L'occa­sion d'avoir un moine à domi­cile est rare, surtout par les temps qui courent. Quand je me poste devant la fenêtre de der­rière, Lily m'avertit :

  • Fais attention, de l'autre côté se trouve le chef de quartier. S'il te voit, ça va faire des problèmes.

Ici, espacées de moins d'un mètre l'une de l'autre, les maisons étant de simples cabanes de bambou sur deux niveaux, le volume élevé des télé­vi­sions, des musiques et des voix criardes créent une belle caco­phonie, en parti­cu­lier le soir.

Vers 22h30, tandis que je tente de m'endormir, j'entends, en prove­nance de la cabane voisine, des petites actrices répéter leur rôle à haute voix.

Le matin suivant, les deux grandes s'offrent une scéance de Tik-Tok, adoptant des poses aussi posti­ches que grotes­ques, puis nous répétons les quel­ques scènes du court-métrage. À midi, nous mettons nos masques (sani­taires) comme s'il s'agis­sait d'un simple acces­soire vesti­men­taire. Cer­taines en ramas­sent un tout froissé, qui traîne dans un coin du plancher (très) pous­siéreux. D'autres, afin de s'assurer de l'avoir tou­jours sous la main, le gardent en perma­nence autour du cou.

Nous sommes tous invités à déjeuner chez Jenny, l'une de mes ancien­nes actrices (Yadi, dans "Le goût du Dhamma"), qui ne manque pas de prodi­guer divers conseils aux actrices en herbe.

Le tournage durera deux jours, dans une am­biance paisible et bon enfant, avec finale­ment assez peu d'erreurs. Bien que cer­tains plans ont dus être tournés de nom­breuses fois, il n'y aura jamais le moindre soupir de com­plainte, y compris lorsqu'une scène devra être entiè­re­ment refaite.

Le départ n'aura pas été simple, les petites ne voulant plus me laisser partir. Des atta­che­ments se forment, mais ils ne tardent pas à se dissiper. Seuls les souvenirs demeurent. Concer­nant le court, fleu­rira peut-être le succès qu'elles méritent.

Il ne me reste plus qu'à travailler sur le montage, qui prendra un certain temps.

3 janvier

Action !

À Mandalé pour quelques jours, très affairé, pour la bonne cause.

Réalisation d'un court-métrage avec une bande de sacrées gamines, qui nous parlent de méditation.

Explosant de vie et d'enthousiasme, leur présence est plus bénéfique que les meilleures vitamines.

Tik-tokées et facebookées à plein tube avec le vieux smartphone à l'écran brisé de leurs parents, elles ne sont jamais à court d'idée pour prendre du bon temps, même quand la batterie est vide. Leur batterie intérieure, elle, est toujours à 100 pour 100 !

Plus pauvres qu'elles, dans leurs maisonnettes bancales en vieux bambou et étroites comme des boîtes à chaussures, je ne connais pas. Capables de sourire autant et de s'amuser autant avec rien, je ne connais pas non plus. J'ai devant moi la preuve criante que :

Moins on a et plus on est heureux.

1er janvier

Meilleurs vœux…

…de pauvreté ! Pauvreté des désirs, pour une richesse inté­rieure !

Je vous souhaite de prendre deux fois moins de bonnes réso­lu­tions, mais de vous donner les moyens de les tenir. La qua­lité paie bien mieux que la quan­tité.