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tweeté par isi

Moins tu auras d'emprise sur le monde, moins le monde aura d'emprise sur toi.

3 janvier

N’attendez rien de la vie !

Plus vous avez d’attentes envers la vie, plus elle en aura envers vous en retour. Si vous avez peu d’attentes, la vie en aura peu. Si vous n’avez plus d’attente, il n’y en aura plus envers vous. C’est aussi simple que cela, mais vous êtes tellement pris par vos attentes que vous ne voyez rien et que vous vous laissez perpé­tuellement piéger.

Bien sûr, il n’est pas facile de ne plus avoir d’attentes, mais on peut cependant les réduire considérablement. Par exemple, l’observance des 8 préceptes fait l’essentiel du travail.

Vous avez des exigences ? La vie sera exigeante avec vous. Vous avez toutes sortes de désirs ? Vous aurez inévitablement toutes sortes de dettes. Un bon café ? Un bon morceau de musique ? Un bon film ? Un bon restau ? Un bon casque ? Une bonne veste ? Une bonne machine à laver ? Un bon voyage ? Une bonne fille, un bon garçon ? Par ici la caisse !

Il y aura du plaisir, mais aussi des soucis, des obstacles, des frustrations, des problèmes, des factures, des tâches peu réjouissantes à effectuer.

  • Pourquoi tu travailles si dur ?
  • Je n’ai pas le choix !
  • Bien sûr que si ; réduis tes attentes !

Essayez pour de bon et vous verrez par vous-mêmes ! Contentez-vous − autant que possible − de rester pleinement conscient(e) de ce qui vous est donné d’expérimenter par vos six portes sensorielles, ignorant tout souhait, toute distraction, toute idée. Ne faites réellement rien du tout, restez serein(e) et confiant(e). N’attendez rien du tout. Vous constaterez alors non seulement que nul n’exigera quoi que ce soit de votre part, mais qu’en plus, vous ne manquerez de rien. La vie vous fournira de quoi vivre : logement, nourriture, vêtements et soins. Aussi longtemps que vous serez sans attente.

Ainsi vivent les renonçants, et ils n’ont jamais à s’inquiéter pour leur survie, car ils demeurent au cœur de la réalité, non dans le monde des désirs, qui crée des attentes dans les deux sens.

Qui n’attend rien obtient l’essentiel sans le moindre effort.

Hé oui, qui l'aurait cru ? La chose la plus difficile à faire est de ne rien faire, c’est le plus noble des actes. Ne plus s’investir dans quoi que ce soit, ne plus accomplir quoi que ce soit, ne plus consommer plus que le nécessaire. Pour comprendre cela, il faut le vivre soi-même.

1er janvier

Ne soyez plus aveugles !

Quand vous réalisez que tout ce dont vous avez besoin pour votre développement spirituel, vous l’avez sous la main, vous souriez. Vous songez alors : « Qu’est-ce que j’ai été aveugle d’attendre, d’attendre un autre moment, un autre lieu, un autre conditionnement, une personne, un accessoire, un état d’esprit. Qu’est-ce que j’ai été aveugle de ne pas voir que pour croître la sagesse, je dispose de tout ce qu’il faut, en ce moment-même, là où je me trouve ! »

La pratique du Dhamma, c’est 1 pour mille d’absorption dans la méditation immobile, la dernière ligne droite. Le reste du temps, l’isolement dans le calme est, sur du long terme, une perte de temps. Le développe­ment des qualités intérieures (les 10 paramis) se fait au cœur du quotidien, au sein des problèmes, en pleine difficulté, dans le bruit, l’agitation, les conflits, l’inconfort, le manque, la frustration, l’imprévu et la confrontation.

Pas besoin non plus de provoquer quoi que ce soit, tout se fait natu­rellement. En cela, le monde est parfait, chacun obtient ce dont il a précisément besoin pour son cheminement.

La bonne nouvelle, c’est que plus l’on fait face à la difficulté et moins il y en a !

Quand vous comprenez cela, chaque moment de votre existence devient une oppor­tunité de vigilance, de tolérance, de patience, d’accep­tation et de joie procurée par la compréhension des choses.

Dès lors, vous ne pouvez que ressentir de la compassion pour les individus qui n’ont qu’à claquer des doigts pour obtenir tout ce qu’ils veulent. Parce que ce qu’ils sont loin d’obtenir la seule chose qu’il importe d’obtenir, ils passent à côté de la seule chose qu'il importe de faire.

Ce qui est bien lorsqu’on se contente de ce qui nous est donné, c'est qu'on apprécie pleine­ment chaque instant. On ne veut plus être ailleurs ou plus tard.

12 octobre

Le maître parfait

Tous ceux que nous croisons sont autant nos maîtres que nos disciples. Non, mon maître n’est pas un vieux moine absorbé dans sa méditation. Mon maître, c’est la personne à qui j’ai affaire, qui que ce soit. Parce que oui, qui que l’on croise, même un enfant, a au moins une qualité dans laquelle il est plus accompli que soi.

Nos qualités et nos compréhensions sont très variées, chacune d’elles n’a pas le même degré d’évolution. C’est pourquoi il n’est pas possible d’affirmer que tel individu est plus accompli que tel autre. On peut seulement dire qu’Untel est plus avancé pour telle qualité bien précise, ou dans tel domaine bien précis.

Quand on est humble et suffisamment sagace, on voit ce que l’autre a à nous apporter. En retour, si l’autre aussi est vigilant sur ce point, on est également son maître, il peut apprendre de nos qualités. Ainsi, tout le monde est un maître ; il faut seulement des disciples capables de bénéficier de ce qu’ils ont à apporter.

Alors ouvrons bien les yeux ! Si nous savons nous concentrer sur les aspects valeureux de ceux qui nous entourent, nous verrons que notre plus grand maître, celui qui nous convient le mieux aujourd’hui, est toujours à portée de main.

Bien malheureux est celui qui perd son temps à sillonner les monastères à la recherche du "maître parfait" ! Malheureux aussi celui qui s’en fiche, n’est-ce pas, Kassinou ?

31 août

Méditation de la pleine conscience et réalisations spirituelles

La vigilance à l’instant présent ne mène-t-elle pas naturellement à l’absorption méditative ?

Plus on est éloigné de l’Accomplissement, plus l’esprit s’éparpille dans tous les sens : les pensées, les souvenirs, les désirs… À l’inverse, plus on tend vers la Sagesse, plus l’esprit est rassemblé. La Pratique consiste en quelque sorte à immobiliser l’esprit. Avec la pleine conscience dans l’instant présent (vipassanà), on maintient l’esprit sur un seul point dans le temps : l’instant présent. Avec la stabilisation de l’esprit en un objet unique (samatha), on passe à la dimension supérieure, puisqu’en plus de maintenir l’esprit sur un seul point dans le temps, on le maintient aussi sur un seul point dans l’espace (de la pensée).

Une part des enseignants bouddhistes affirment que samatha n’est pas indispensable pour parvenir à l’Éveil, une autre part de ceux-là affirment que samatha est indispensable. J’ai longtemps adhéré à la première opinion, puis longtemps à la seconde. Aujourd’hui, en dépit de la quantité d’infor­mations que j’ai acquise sur le sujet, notamment par des échanges avec des méditants avancés dans des approches différentes de méditation, je préfère reconnaître que je n’en sais rien du tout, et ce n’est pas un problème !

Il est dommage de gaspiller trop de temps à réfléchir à ce dont on n’est pas en mesure de vérifier clairement.

Je me dis que j’ai déjà largement de quoi pratiquer avec les informations claires dont je dispose, et d’ici-là, on aura bien le temps de voir venir. Ce que l’expérience montre, c’est que plus on progresse, plus on voit de quelle façon il convient de poursuivre le chemin. Il n'est donc pas utile de se préoccuper de ce qui est encore loin. En outre, ce sur quoi nous avons besoin de travailler finit toujours par nous arriver à temps.

Cependant, j’ai tendance à croire que l’Éveil sans samatha est une option réservée à des êtres tout à fait exceptionnels, tels qu’on en trouvait du temps de Bouddha, et qu’il vaudrait mieux ne pas compter dessus de nos jours. De plus, si Bouddha parlait toujours de samatha alors qu’il s’agit d’une pratique longue et difficile, ce n’est certainement pas sans raison (il se limitait toujours strictement sur le nécessaire).

Et si on ne parle que du jhàna (l’absorption méditative), la vigilance à l’instant présent ne peut pas y conduire tant que l’esprit n’est pas focalisé en seul point, puisque c’est précisément cette focalisation (ekkagata) qui débouche sur l’absorption.

30 août

L’effort juste

Dans l’accomplissement spirituel, tout est une question de juste équilibre. Et plutôt que d'ajouter pour alourdir, on élimine ce qui est de trop. Par exemple, aucun précepte n’implique de faire quelque chose de bien, mais seulement de s’abstenir de ce qui est nuisible.

La sagesse consiste toujours à ne RIEN FAIRE. "L’effort" est aussi une traduction maladroite du terme "viriya", qui — il me semble — signifie plutôt "énergie libre de toute gêne". Lorsque son esprit est dans l’attitude juste, il n’y a rien qui force. Forcer où que ce soit constitue un obstacle.

Kassinou le détracteur
J’ai sûrement atteint l’Éveil, car je ne force jamais !

Es-tu sûr de ne pas être tombé dans l’autre extrême ? Si le moindre effort empêche le viriya juste, c’est aussi le cas du moindre laisser-aller (à ne surtout pas confondre avec le lâcher-prise).

Ainsi, "l’énergie juste" (plutôt que "l’effort juste") doit être vue non pas comme un effort correct, mais comme une absence de paresse. Ni forçage ni paresse, telle est la recette du viriya correct. Cette idée erronée très répandue nous dit : c’est en fournissant des efforts qu’on abandonne la paresse. Cela revient à couvrir un enfant de cadeaux tout en continuant de le battre. La paresse s’évanouit dès qu’on maintient l’esprit alerte, établi dans la vigilance.

C’est là tout le paradoxe : Il est bien plus difficile de rester pleinement conscient à chaque instant que de porter des charges lourdes à longueur de journée. Et surtout, c’est tellement plus bénéfique. Dans le Dhamma, il est donc plus judicieux de parler de persévérance plutôt que d’effort.

29 août

Un non accompli devrait-il enseigner le Dhamma ?

Sans être parvenu au plein accomplissement, à moins de répéter la parole de Bouddha comme un perroquet, quand on parle du Dhamma, on n’en donne que sa propre interprétation, qui demeure donc aussi sale que sa vision de la réalité peut l’être encore. De surcroît, cette parole imparfaite est encore interprétée et distordue par la vision tout autant illusionnée de qui l’entend.

Kassinou le détracteur
C’est bien ce que je pense, tu ferais donc mieux de te taire !

Non, parce que de même qu’un aliment transformé nourrit quand même et qu’une maquette en carton transmet une idée de l’œuvre, les imparfaits peuvent s’entraider. On fait ce qu’on peut et cela peut déjà contribuer à y voir plus clair.

Si seuls les êtres éveillés parlaient du Dhamma, cet enseignement aurait disparu depuis longtemps.

11 août

La sensation de durée de la méditation

Alors qu’il s’est octroyé une séance de méditation, jetant un œil à l’horloge, il se dit :

« À peine ? Ah là là, vivement la fin de l’heure ! »

Au lieu de poser sa vigilance sur ce qui apparaît dans l’instant présent, il soupire, il espère que le temps passe plus vite, alors que rien ne l’empêche de se lever sur-le-champ et d’aller regarder des vidéos.

Et vous ? N’avez-vous jamais vécu une telle absurdité ? Combien de fois ? Cela montre quelle erreur d’attitude nous adoptons face à ce que nous appelons "la méditation". Avec la motivation d’un esclave qui se prépare à un long et rude labeur, nous consacrons des heures et des heures à des séances d’ennui. Avec la stupidité d’un âne, nous nous traînons dans la contrainte et la frustration. À l’extérieur, nous ressemblons à un méditant. À l’intérieur, nous sommes partout sauf dans la méditation.

Si la méditation n’est pas présente natu­relle­ment à tout moment du quotidien, il importe de s’accorder des moments immobile et isolé. Comme le climat ou la bourse, l’esprit fluctue. Alors certains jours, nous avons une vision plus claire de ce qu’est la méditation. Au mieux, nous voyons que de tels moments sont à privilégier plus que tout autre. Quand l’esprit est bas, il est bien de se le rappeler et de rester confiant. On devrait même se réjouir à l’idée qu’un tel moment puisse durer à l’infini !

Quand on jette un œil sur l’heure — pour ne pas manquer un rendez-vous, non pas pour savoir combien il reste de la punition qu’on s’est infligée —, et que l’on constate qu’il n’est que 7h20 alors qu’on pensait qu’il serait environ 7h45, plutôt que de se dire :

« Seulement ? Ça n’en finit pas ! »

et de gaspiller ce précieux temps dans l’ennui, on se réjouit, avec l’idée suivante :

« Formidable opportunité ! Il me reste encore bien du temps pour améliorer ma vigilance. »

Même si ces moments sont parfois incon­fortables, le méditant enthousiaste sait que cela fait partie du processus de purification et que même si elle est parfois moins prenante que des moments de distraction, la méditation est infiniment plus bénéfique. Il sait regarder vers le haut. Il garde en tête qu’un moment de méditation, quel qu’il soit, est un constituant du passage de l’esprit piégé par l’illusion vers sa libération.

En résumé, pour que votre méditation soit fructueuse, vous devez espérer qu’elle dure longtemps !

tweeté par isi

Les êtres qui ont accompli l’Éveil n’ont rien de plus que vous. Ils ont seulement lâché ce qui était de trop.

1er août

Les amis dans le Dhamma

Bouddha soulignait l’importance des "amis dans le Dhamma", c’est-à-dire d’avoir pour com­pagnons des individus qui suivent la noble voie de la vertu, du détachement, de la sagesse. On sous-estime beaucoup l’influence de ses fréquentations. Rien ne vous façonne plus que votre entourage, d’où l’importance de le choisir judicieusement, autant que faire se peut.

Côtoyer un individu enclin à l’honnêteté, à l’effort, au renoncement, au calme, à l’accom­plissement intérieur, est une oppor­tunité précieuse et grandement bénéfique, même pour un être peu intéressé au Dhamma. À l’inverse, côtoyer un individu aux compor­te­ments nuisibles ou pour le moins futils est d’une influence néfaste pour quelqu’un qui entreprend de cultiver le Dhamma. Aussi, il est bien plus sain de rester seul que mal accompagné.

Ne vous dites-vous jamais ceci ? « Moi, je fais ce que je veux, sans tenir compte de l’influence de mon entourage » En réalité, ce que "je" fais, dis et pense ne vient pas de "moi", puisqu’il n’y a pas de moi ! Qu’est-ce qui façonne chacun de nous, si ce n’est l’expérience de ce que nous percevons autour de soi, donc de l’influence extérieure ?

Kassinou le détracteur
Rien à voir ! D’après la maturité spirituelle acquise dans leurs vies passées, deux personnes peuvent réagir très différemment à une même situation.

Tiens ! Je croyais que tu ne croyais pas aux vies passées. Oui, tu dis juste, mais la sagesse gagnée dans les vies passées n’est-elle pas elle aussi due à ce qui a été perçu, aux rencontres, aux influences ?

Je te rassure, l’illusion de la conviction qu’il y ait un "moi" qui sait par lui-même, qui décide et qui demeure maître de ses choix est si puissante qu’elle persiste jusqu’au plein accom­plissement. Y songer ne t’avancera donc pas beaucoup. Pense moins et observe plus ton esprit.

30 juin (3)

Randonnée ascétique dans le Jura
[Retour]

Fin – Retour à la maison

Ma randonnée étant finie, j’ai accepté la pièce de 5 francs (environ 5 euros) qu’une conductrice m’a donnée la veille. Je me suis donc payé de quoi prendre le petit-déjeuner à la station-service. Quatre voitures plus tard et 5 kilomètres et demi dans Lausanne en grande partie à travers des petits passages dans la végétation (Lausanne, pourtant grande ville, est incroyable pour ça, j’y ai même trouvé des griottes sur un arbre !), me voilà de retour chez mon oncle.

Le jour suivant, une seule voiture suffit pour rentrer à Genève. Le trajet semble durer deux minutes. Dans la voiture, deux Musulmans me bombardent de questions spirituelles : le but de la vie, l’utilité de la voie monastique, les avantages à vivre sans argent, la méditation, la vertu… Ils tentent de contredire chacun de mes arguments, non pas dans le but de prouver qu’ils ont raison, mais pour chercher à comprendre mon point de vue et de confronter leurs croyances, quitte à réajuster leurs vues en conséquence. Nous sommes tous trois bien satisfaits de cet intense échange.

Ils me déposent là où, une dizaine de jours auparavant, j’attendais trois rudes heures au soleil devant de nombreuses voitures vides et climatisées, conduites par des gens effrayés par ma barbe et ma tenue vestimentaire modeste. Pourtant, le Jésus qu’ils vénèrent avait probablement une barbe plus longue et un habit encore plus modeste.

30 juin (2)

Randonnée ascétique dans le Jura
[20.06 – 20 km]

Jour 7 – Retour aux origines

Après une petite marche le long du Doubs, j’entre dans un village exceptionnel, de loin le plus beau de cette randonnée, les maisons soudées les unes aux autres telle une famille unie, avec des passages en arcades vieux de plusieurs siècles.

Me voilà à Saint-Ursanne, village où vécurent mes arrières-arrières grands-parents, mes arrières grands-parents et grand-père. Je passe leur dire bonjour au cimetière, avant de grimper les dernières collines de mon périple. Sur la première montée, l’inscription d’une plaque m’apprend que le village doit son nom à Ursanne, un Saint qui, au VIIe siècle, vivait là de prières dans sa grotte.

Après un parfait pique-nique avec des pois et feuilles du jardin de mon dernier hôte, avec pain, chèvre, fruits secs, biscuits et cerises cueillies en chemin, je finis par parvenir vers dix-sept heures à Bourrignon, petit village classique du nord du Jura, commune d’origine de mes ancêtres.

Comme je ne rencontre personne avec qui échanger, je décide de rentrer en auto-stop. La première voiture me prend. Au bout de six voitures, me voilà devant une station-service quelque part entre Neuchâtel et Yverdon-les-Bains. Il est 20h30, je décide de m’installer pour méditer et passer la nuit, sur deux planches, entre une brouette et une palette, contre le mur d’un dépôt d’entretien de la route, avec mes boules de cire dans les oreilles. Cette nuit-là, il fait bon chaud. J’arrive à passer une bonne nuit, dans ce lieu insolite où personne n’aurait osé imaginer dormir.

30 juin (1)

Randonnée ascétique dans le Jura
[19.06 – 18 km]

Jour 6 – La fin de l’espoir

Mes bâtons en mains, je grimpe et dévale plusieurs collines jurassiennes, caresse le museau quelques chevaux, puis parviens à Montmelon, groupe de maisons sur la pente montagneuse, où mon dernier hôte m’attend. Il est particulièrement hospitalier, à l’écoute et cultivé dans les domaines énergétiques et psychologiques, ce qui en fait un partenaire de discussion fort intéressant. La maison est confortable, avec une architecture bien pensée. Nous parlons dans le jacuzzi installé dans le jardin, puis dans le salon.

Nos échanges n’en finissent plus, tant nous avons de choses à apprendre l’un l’autre. Nous discutons de la vie après la mort, de la méditation profonde, de l’utilité de l’existence humaine, des êtres invisibles qui peuvent nous aider, de l’astrologie des jours de la semaine. Avant d’aller dormir, mon hôte m’offre un nettoyage énergétique.

Difficile d’espérer une meilleure étape. J’avais si souvent rêvé d’un accueil de ce genre dans mes périples passés. Mais cela arrive quand je cesse de rêver de quoi que ce soit.

Quand l’esprit espère, il doit se contenter de l’espoir. Quand il n’espère rien, tout vient à lui.

29 juin

Randonnée ascétique dans le Jura
[18.06 – 19 km]

Jour 5 – Esprit vacant

Les étapes deviennent plus raisonnables. À quoi bon avaler des kilomètres sans prendre le temps de les digérer paisiblement ? Je déguste alors chaque pas, la présence de chaque arbre, la senteur de chaque baie sauvage, le tinte­ment de cloche de chaque vache. Les forêts se succèdent aux prés, donc l’ombre fraîche au soleil de montagne. Les pensées se succèdent aux moments de présence, donc l’illusion à la réalité. Au loin, je vois un renard qui court, terrifié par l’homme pacifique que je suis. Il est comme ces humains qui craignent et fuient comme la peste les moments vacants, où l’esprit pourrait pourtant retirer les plus grands bénéfices de la vie.

Jour après jour, je goûte en pleine conscience toute la richesse d’un esprit vacant, donc apaisé, énergique, ouvert, juste, clair et vigilant, car je fais précisément le contraire de tout ce qui nous est dicté par la société moderne. Je produis et consomme le moins possible, je prends le temps, je ne me divertis pas, je me moque des apparences, je cultive la pauvreté.

Je parviens à Bellelay, une vaste abbaye transformée en village sobre et silencieux, avec des maisons blanches massives belles et espacées. Nous sommes tout juste dans le canton de Berne. Je suis accueilli par mon deuxième hôte dans le confort d’un beau petit appartement à la vue irréelle sur la nature.

Il me raconte l’histoire des hostilités natio­nalistes (cantonalistes, plutôt) de la région. Sur une falaise, on avait peint un gigantesque drapeau du Jura, et les Bernois avaient repeint le leur par-dessus, et ainsi de suite. Nous discutons aussi de nos inclinations communes, comme la photographie et la vidéo.

28 juin (2)

Randonnée ascétique dans le Jura
[17.06 – 29 km]

Jour 4 – Absence d'attente

Du bon Gruyère et du bon chèvre dans le sac, avec divers légumes frais, dont un chou-pomme, je traverse une partie de la ville, qui, à en croire le doux rythme de vie ainsi que les enseignes, les couleurs et l’entretien des façades, semble être restée ancrée dans les années soixante.

Dans un sentier presque abandonné, les orties me mordent les chevilles. J’ai oublié mes bâtons à la Chaux-de-Fonds, mais j’en trouve vite de nouveaux, que je remplace au fur et à mesure que j’en trouve de plus optimaux.

Afin d’éviter un détour sur la route, je coupe à travers la nature, mais la pente est si forte que le danger me fait regretter ce choix. Finalement, après l’aide précieuse des arbres et une grimpée digne d’un chamois, j’arrive, pour midi, − par hasard, s’il en est − pile devant une table de pique-nique, au sommet de la crête.

Plus je marche dans la nature, plus je suis libre. Les difficultés sont derrière, il a fallu que je purge les impuretés accumulées dans ma vie citadine au cerveau avide d’activités. À présent, seuls coexistent l’instant donné, la légèreté d’esprit et la satisfaction.

Une fois la plus longue étape achevée, j’arrive dans la bourgade de Saignelégier, où je ne vois que des touristes et des gens qui vivent de leur argent. Tout va pour le mieux, car je demeure sans la moindre attente, prêt à m’asseoir n’importe où pour méditer, sans songer au logement et à la nourriture pour le lendemain.

Près du centre, je croise un jeune homme parti vider un sac de bouteilles vides. Je le salue et lui pose la question suivante : « Connaissez-vous un endroit dans le coin où l’on peut dormir gratuitement ? » Il m’invite alors chez lui.

Il est designer pour des montres de prestigieuses marques genevoises, mais vit avec d’autres jeunes et artistes dans une "coopérative", qui est en quelque sorte à mi-chemin entre un immeuble normal et un squat. Là encore, discussion à quatre dans l’agréable jardin de la coopérative, autour de la vie monastique et des bénéfices de la méditation. Je reçois de la ratatouille, du fromage et une pomme pour mon repas du lendemain. Je m’endors dans le salon, à côté d’un grand aquarium.

D’abord, je contemple les poissons, dont certains mesurent jusqu’à trente centimètres. Ils ont beaucoup moins de problèmes et d’angoisses que nous, les humains. Cependant, ils n’ont pas l’opportunité de pratiquer le détachement et de se libérer du monde, où seule la souffrance n’est pas une illusion. Pour la très grosse majorité des humains, qui ne daignent pas saisir cette opportunité, être poisson dans un aquarium serait beaucoup moins risqué pour son karma.

28 juin (1)

Randonnée ascétique dans le Jura
[16.06 – 0,1 km]

Jour 3 – Courbatures

Les courbatures sont trop fortes, je tiens à peine debout. Aujourd’hui, je ne bouge pas de la maison. Mes hôtes m’accueillent gentiment deux nuits. C’est donc l’occasion d’un bon repos et de bonnes discussions sur le renoncement, l’instant présent et les dangers du désir. Le soir, mes jambes se voient offrir un bon massage.

27 juin

Randonnée ascétique dans le Jura
[15.06 – 27 km]

Jour 2 – Soif

Le matin, je médite un peu, et vers 6h30, le chocolatier me fait visiter sa fabrique. Tout comme moi, les employés sont vêtus en marron chocolat. Il me donne deux délicieuses barres de chocolat à la noisette et je reprends mon chemin, bien pentu et où les fraises des bois sont un bon prétexte pour faire des pauses régulières.

Dans un beau village, j’interroge la boulangère pour savoir s’il reste un bout de pain de la veille, elle m’en donne un. Dans une épicerie, j’obtiens deux gros paquets de Sugus, des bonbons industriels bien sucrés à mâcher. J’en mange bêtement quatre ou cinq. À part alourdir mon sac de 800 grammes, ils ne servent pas à grand-chose.

À midi, je cherche un coin pour pique-niquer. Quand j’aperçois une souche d’arbre, je m’y installe et vide mon sac pour casser la croûte. Je suis assis sur de la poisse et des ronces me déchirent la peau. Soudain, au beau milieu de mon repas, de là où je me trouve, je distingue à travers les arbustes, de l’autre côté du chemin, une belle table de pique-nique en bois avec bancs, à côté d’une jolie fontaine en bois.

Contre la fontaine, il y a une boîte en bois. À l’intérieur s’y trouve la dernière chose que j’y aurais mise : une bouteille d’absinthe.

L’après-midi, mes muscles commencent à gémir. Les étapes sont trop longues, j’ai commencé trop fort.

En outre, ma gourde est vide et la soif ne tarde pas à me tenailler. Sur les crêtes, il n’y a bien sûr aucune source ni fontaine. Je ne vois que des vaches que j’hésite à essayer de traire afin de m’hydrater un peu. Réflexion faite, je préfère souffrir de soif que d’un coup de sabot dans le crâne. Je décide donc d’attendre la prochaine maison, qui n’apparaîtra que sept kilomètres plus loin ! Quand, la gorge sèche comme le Sahara, je demande un peu d’eau, la gentille dame me demande : « Avec ou sans gaz ? »

Arrivé à La Chaux-de-Fonds, je sais où aller. J’ai pu trouver trois hôtes sur mon parcours, par l’intermédiaire de la communauté virtuelle CouchSurfing. Oui, ça peut être perçu comme de la triche. Cependant, j'ai pensé qu'un renonçant est un individu qui reste détaché mais dans la voie du milieu, c'est-à-dire qu'il ne cherche pas non plus volontairement les difficultés.

J’arrive alors dans un lieu digne d’un conte de fées. Depuis une avenue proche du centre-ville, on passe derrière une station-service pour emprunter un petit sentier forestier qui grimpe dans une épaisse nature. On parvient à une petite maison à l’intérieur tout en bois et qui ne ressemble en rien aux maisons habituelles suisses.

Portes et fenêtres sont grandes ouvertes, à la mesure de l’esprit de cette bienveillante famille. J’ai eu l’instruction d’entrer, de prendre une douche, de me servir dans le frigo… Avant le retour de mes hôtes, je suis accueilli par les chats.

24 juin

Randonnée ascétique dans le Jura
[14.06 – 27 km]

Jour 1 – Frustration

La randonnée débute par une grande frus­tration. Juste avant d’arriver au Chasseron, un sommet qui offre une vue panoramique très lointaine, je songe à mon pique-nique. Bref, je ne suis pas dans l’instant présent. Les petites saletés intérieures de ma vie citadine doivent être purgées. Je réalise alors avec stupeur que j’ai oublié le fromage ! La frustration est grande, elle durera deux jours. Je constate donc non seulement la profondeur de cet atta­chement, mais aussi combien nous nous accrochons vite à des pensées, en l’occurrence l’idée de bientôt manger du fromage. Car si mon oncle ne m’avait pas donné ce bon Appenzeller, je n’aurais de toute évidence pas eu la moindre frustration.

Me voilà longeant une crête, si loin de toute trace humaine, si ce ne sont les barrières pour les vaches. Tout à coup, j’entends le bruit d’un camion qui passe vite et assez près de moi. Comment un tel véhicule peut-il se retrouver en haut de cette montagne ? En me retournant, je fais une belle expérience de la différence entre l’origine d’un son et son interprétation. Ce bruit "de camion", c’étaient 300 mouches décollant en même temps d’une bouse, à mon passage.

Vers midi, je mange un vieux bout de pain et des fruits. Bien sûr, c’est à ce moment que le fromage me manque le plus.

En fin d’après-midi, je parviens à Noiraigue, un village que Jean-Jacques Rousseau connaissait bien. Je demande, en vain, à trois personnes s’ils connaissent un lieu où dormir gratui­tement dans le coin, dont une vieille Éthiopienne qui me prend pour un Marocain (je l’ai pour ma part prise pour une Cambodgienne). Je salue un monsieur qui s’avère être le patron d’une fabrique de chocolats. Très gentiment, il me laisse passer la nuit dans un entrepôt, au milieu des cartons, et me donne tomates et fruits, avec de l’eau gazeuse.

Je médite paisiblement durant les dernières heures de la journée.

23 juin

Randonnée ascétique dans le Jura (préparation)

Les bonnes raisons

Me voilà libre et seul dans la sérénité et la fraîcheur naturelle de la forêt, tandis que tout le monde reste entassé dans la tristesse de la grisaille bétonnière. Je suis parti une semaine en randonnée, sans un sou, sans clé, sans pensées (ou presque), donc sans souci et sans attente. Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons. Voici celles qui me viennent en tête…

  1. Retrouver la nature
  2. Prendre un peu l’air
  3. Faire une pause du travail (parfois pesant) de création des vidéos, m’éloigner des écrans
  4. Bien marcher pour conserver un corps énergique
  5. Découvrir la région d’origine (que je connais mal) de ma famille
  6. Aller à la rencontre de gens, pour des échanges utiles, pour semer quelques graines dhammiques
  7. Me replonger un peu dans la liberté du renoncement, la vie sans argent et sans planifications
  8. Montrer l’exemple, une fois encore, que rester dans l’instant présent sans aucune attente est la plus noble des tâches, cela engendre une énergie qui attire naturellement tout ce dont on a vraiment besoin, tout en éliminant les désirs inutiles.

J’ai pris ce que j’ai considéré être un strict minimum raisonnable, qui tient dans un petit sac à dos (20 litres). Sur moi, un pantalon léger sans poches, un T-shirt, une chemise, des sandales de montagne, une visière. Dans le sac :

  • Veste anti-pluie + pantalon anti-pluie
  • T-shirt de rechange
  • Pull léger en polaire
  • Tongs
  • Gourde
  • Assiette en plastique + verre pliable + cuillère plastique
  • Deux petits couteaux suisses (dont un que je n’aurais jamais utilisé) + un mini couteau à pain pliable
  • Petit coussin à air (indispensable pour la nuit)
  • Cachets contre l’allergie au pollen + quelques pansements
  • Brosse à dents, dentifrice, cure-dents
  • Mon smartphone (pour le GPS et la carte, qui se sont avérés indispensables) + chargeur
  • Mes lunettes (que je n’ai jamais pensé à mettre pour regarder les paysages de montagne)
  • Et quelques bricoles, comme une mini-lampe (jamais utilisée), un stylo (jamais utilisé), une paire de boules Quiès, un élastique pour les cheveux, des mouchoirs, une carte pour retirer les tics, ma carte d’identité (jamais utilisée)…

En dehors des exceptions indiquées, tout m’aura été utile et rien ne m’aura manqué.

Pour quitter Genève, je marche jusqu’à près de l’entrée de l’autoroute. De nombreuses voitures vides passent devant moi pendant longtemps. Les rares qui s’arrêtent vont ailleurs. Il n’y a pas d’ombre, le soleil tape dur et ma gourde est vide. Assoiffé, avec un coup de soleil au visage et sur les mains, je décide d’attendre 3 heures au plus et de rentrer à la maison.

Au bout de 2h58, une camionnette s’arrête et me dépose 60 km plus loin, à quelques centaines de mètres de chez mon oncle.

M’ayant offert de l’Appenzeller (un délicieux fromage suisse), tonton me dépose en bas de la montagne où vit ma tante. Après trente secondes, quelqu’un me prend et me dépose juste devant chez ma tante, à Sainte-Croix. Le jour suivant, je débute ma randonnée, au-dessus de Sainte-Croix.

21 juin

Quand il n'y en a plus, il y en a encore !

En fait, je crois bien qu'il y aura encore des petites choses à publier, à l'occasion. Je viens de faire une petite randonnée ascétique, que j'écrirai ici prochainement…

12 mai

Au revoir !

Bon, je pense que tout a été dit et redit. Je crois que le temps est venu de clore ce blog. Je souhaite les meilleurs fruits à tous les lecteurs !

Kassinou le détracteur
Quoi ?? Tu disais récemment que tu n’aban­don­nerais pas le blog. Espèce de lâche ! Comment je vais faire, moi, pour remplir ma noble tâche de détracteur ?

Ah, mon cher Kassinou, tu vas bien me manquer, va ! Eh oui, je dis des choses et je ne m’y tiens pas, encore une preuve qu’on ne peut rien prévoir, que rien ne se passe comme on le croit. Mais comme je l’ai dit, l’essentiel a été dit.

Aussi, on ne peut pas tout faire. J’ai besoin de plus de temps pour méditer, et mes petites vidéos (entre 1 et 3 millions de vues rien que pour chacune des 4 dernières, mais c'est tout en birman) dans lesquelles je vais lâcher peu à peu des gouttes de Dhamma à grande échelle, me prennent déjà bien assez de temps comme ça, et le temps est bien ce qu’il y a de plus précieux.

Ne perdez pas le vôtre !

Des questions ?
Si toutefois vous avez des questions sur votre pratique quotidienne, n'hésitez pas à m'en­voyer un email.

9 avril

Vous n’êtes pas prêt(e) pour la vie monastique ?

Vous croyez que la vie monastique n’est pas à votre portée ? Ne pensez jamais que vous n’avez pas l’opportunité ou les moyens de faire quelque chose, sinon vous ne ferez rien et vous risqueriez de ne cultiver que de la frustration. Il convient de faire selon les moyens dont on dispose. Le hasard n’existe pas, c’est pourquoi la meilleure chose à faire pour soi, à n’importe quel moment, c’est de faire avec ce qui nous est donné. Chaque instant du quotidien, chaque difficulté, chaque chose qui se produit maintenant, chaque conflit, chaque désaccord, c’est le carburant de la pratique du Dhamma. Ce n’est rien d’autre. On développe les paramis avec tout ce qui vient à soi à chaque instant. Le fait d’être un moine dans un joli petit monastère isolé et perché sur la montagne, dans un calme et un silence d’or, c’est un fantasme, un film. Ce n’est pas la réalité.

Le moine n’est pas celui qui vit dans un monastère, c'est celui qui fait de son logement son monastère.

De nos jours, les individus les plus accomplis dans la pratique du Dhamma ne sont pas les moines paresseux qui vivent confortablement dans de nombreux monastères, ce sont les gens comme nous, qui font face à des situations de toutes sortes, qui font avec ce qu’ils ont, qui arrivent à cultiver la patience, le détachement, la bienveillance et la vigilance, même en "terrain hostile", entourés d’individus agités, incompréhensifs, convaincus par leurs vues distordues, attirés seulement par le sexe, l’argent, la nourriture, l’alcool et la musique.

Naturellement, si vous trouvez votre place dans un monastère sérieux, pourquoi pas ! Il y a bien sûr des êtres nobles dans de nombreux monastères. Toutefois, selon moi, dans la plupart des cas, de nos jours, les monastères sont surtout des lieux pour les débutants. Souvent, ceux qui pratiquent au "niveau supérieur" sont ceux qui peuvent rester n’importe où, pratiquant les paramis avec tout ce qui vient. Ils sont en dehors du monde tout en étant au milieu du monde. Ils demeurent sereins au milieu de l’agitation.

Kassinou le détracteur
N’importe quoi ! Ceux qui vivent dans les monastères sont sérieux, car ils vivent en retrait de toutes les distractions. Comment un débutant pourrait-il supporter longtemps l’isolement ?

Je pensais aux monastères où les moines sortent tout le temps, bavardent, et restent très concentrés… sur leur smartphone ! Et pour ce qui est de la distraction, n’oublies pas que tout passe par l’esprit. Même totalement isolé, tu peux être submergé par des pensées, des désirs, des rêves. C’est pourquoi tu n’as pas besoin de grand chose pour travailler à ton accom­plisse­ment. Il y a largement de quoi faire avec tes émotions et pensées. Un renonçant, quant à lui, même au milieu d’une foire, demeure calme et contrôle ses sens.

1er avril

Info utile

Le karma n’existe pas. Autant profiter de chaque plaisir que nous offre la vie. Une fois celle-ci achevée, cela ne changera rien. Alors pourquoi se priver des belles choses ?

Kassinou le détracteur
Cette fois, je suis forcé d’admettre que tu nous délivres une info tout à fait censée.

Ce n’est pas une info, mais une intox. Poison d’avril ! Si nous aspirons à la liberté incon­di­tion­nelle, continuons bien de rester vigilants à chaque instant, de nous méfier des pulsions malsaines, en travaillant avec diligence, tolérance et motivation sur nos faiblesses.

Pour bien se faire, nous acceptons ces faiblesses, nous ne forçons aucun déta­che­ment, nous demeurons paisibles et alertes, en observant simplement le manège des habi­tudes impropres, comme nous assisterions à une pièce de théâtre.

25 mars

Le brouillard

On ne peut voir la fin du brouillard que lorsqu’on est en train d’en sortir. Autrement, on ne voit que du brouillard, comme s’il était répandu dans l’infini, même s’il n’en reste que jusqu’à quelques mètres.

Kassinou le détracteur
Le brouillard ? Quel brouillard ?

Tu es si aveugle que tu ne le voit même pas. Il n’y a de pire aveuglement que ne pas voir l’aveuglement.

Voir le brouillard est déjà une très bonne chose !

Toutefois, il y a mieux que de se contenter du brouillard. La vigilance à l’instant présent est comme les feux anti-brouillard ; elle ne dissipe pas le brouillard, mais elle permet une vision nettement plus large, ce qui est précieux pour se diriger droit vers la fin du brouillard.

21 mars

Avez-vous l’impression de ne pas progresser ?

Avez-vous parfois cette impression ? Que…

Vous n’êtes qu’une montagne de mauvaises habitudes impossibles à corriger durablement. Vous avez beau aspirer à la pureté, vos défauts transpirent de plus en plus. Vous êtes impuissant(e) à respecter vos belles déter­minations. Plus vous tentez de progresser vers la Sagesse, plus elle s’éloigne, comme dans un cauchemar, lorsque vous vous précipitez vers votre maison pour échapper à un monstre. Votre estime de vous-même est devenue minuscule. Vous n’avez plus la motivation de travailler à la Libération de votre esprit. Peut-être même que vous avez perdu tout espoir ?

Si tel est le cas, c’est excellent signe ! Vous n’êtes plus dans l’illusion excessive, où l’on croit que tout est beau et facile. Vous ne croyez pas non plus qu’il soit bon d’errer dans l’insouciance et les plaisirs.

Moi aussi, après toutes ces années de vie monastique, de méditation et de pratiques ascétiques, je ne vois dans mon esprit rien qu’un amas de désirs, de mécontentements, de faiblesses et d’imperfections en tout genre.

Je croyais tout comprendre sur tout. À présent, je vois que je ne suis qu’un bel ignorant parmi tant d’autres. Il suffit juste de l'accepter pleinement et tout va bien. Pourquoi refuser la réalité ?

Chaque fois qu’on grimpe une marche sur le grand escalier, on en voit deux de plus parmi celles qui restent à grimper.

La meilleure façon de nettoyer est de ne voir que la saleté à nettoyer, non ? C’est donc très bien de se voir tout sale, en plus cela aide beaucoup à garder de l’humilité et de l’indulgence.

Et si vous avez besoin d’un peu de motivation, de voir un peu toutes les marches que vous avez déjà grimpées, songez simplement à comment vous étiez il y a 1 an, 2 ans, 5 ans, 10 ans, 20 ans… Alors vous verrez bien qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

6 mars

Qui fait réellement ce qu'il sait être bien ?

Si vous ne lisez rien et ne recevez jamais de conseil, mais que vous vous contentez de faire de votre mieux, cela vous sera bien plus bénéfique que de vous abreuver des ensei­gne­ments des plus grands sages, tout en con­ti­nuant de chercher à satisfaire vos désirs.

Autrement dit : mieux vaut pratiquer le Dhamma sans l'étudier que de l'étudier à fond sans le pratiquer.

Kassinou le détracteur
C'est toi qui dit ça, Monsieur Je-donne-des-conseils-mais-je-ne-les-suis-pas ?

Personne n'est parfait ! Cela dit, tu as raison. Cesse de m'écouter et contente-toi de faire ce que tu sais être juste.

tweeté par isi

Vivre dans l'insouciance est le meilleur moyen d'avoir des soucis.

24 février

Le lâcher prise et les techniques de méditation

Depuis que je ne fais PLUS RIEN, ma méditation va très bien, la respiration vient naturellement à la conscience, les tensions ont disparu. Cela me réussit bien mieux que toutes les techniques de méditation.

Je m’interroge donc : quel est l’intérêt de l’approche méthodique de la méditation ?

Le lâcher prise est l’ingrédient numéro 1 dans la méditation. On peut presque dire que le lâcher prise est la méditation (mais bien sûr, il y a aussi la vigilance, le discernement…). Certains savent naturellement lâcher prise. Pour beaucoup, il faut plus ou moins de balises et d’indications. Et c’est ce que sont les méthodes de méditation : des balises et indications ; des moyens techniques conçus pour amener les esprits qui "mentalisent" trop au lâcher prise et à la stabilité intérieure (samàdhi).

Bouddha n’avait même pas besoin d’enseigner la méditation à ses principaux disciples. Avant même d'avoir rencontré le Dhamma, ils baignaient dans l’instant présent et la stabilité intérieure. Bouddha n’avait qu’à leur dire quelques mots sur la nature de l’esprit, sur le caractère conditionné de toute chose et de toute conscience (anatta). Iql n’avait qu’à leur dire où diriger leur regard intérieur.

Donc oui, la meilleure chose à faire est le RIEN FAIRE total. Et quand cela n’est pas à notre portée, une méthode ou une autre peut fournir l’aide dont on a besoin, d’où l’importance de trouver celle qui nous convient, voire le guide qui nous convient.

23 février

TikTok

Voilà aujourd’hui 1 mois que je me suis jeté dans la spirale TikTok, ce qui explique pourquoi je publie moins ici ces derniers temps. Jusqu’à maintenant, nous avons produit une quinzaine de vidéos, surtout des sketchs amusants (ce qui est au moins bénéfique à la santé), avec Yoon Yoon (prononcer "ion ion"), qui devrait être l’actrice principale de mon prochain long métrage.

Cette expérience tiktokante semble plutôt bien marcher, puisque la moitié des vidéos se comptent en centaines de milliers de vues, et deux d’entre elles dépassent chacune le million de vues. Cela contraste avec la timide vingtaine (ou quinzaine lorsque je publie moins) de visites quotidiennes de ce blog. Ce n’est pas un mystère, l’humour intéresse beaucoup plus que le Dhamma. Ou peut-être suis-je meilleur pour faire le clown que pour exposer le Dhamma ?

La mauvaise nouvelle (pour vous), c’est que ces vidéos sont en birman. En tout cas, je n’ai pas l’intention d’abandonner le blog. Partager le Dhamma compte évidemment plus que tout, quel que soit le nombre de lecteurs. D’ailleurs, je compte bien donner un peu de Dhamma sur TikTok aussi, bien que ce ne soit pas du tout la même chose d’enseigner le Dhamma aux Birmans qu’aux Occidentaux.

Quoi qu’il en soit, tiktoquer reste une expérience enrichissante pour ma pratique personnelle. Avec un tel impact, je me sens poussé à être irréprochable dans les moindres détails, sur l’humour, sur ce qui est dit, etc. Par exemple, j’ai supprimé une vidéo dans laquelle j’incite la petite à une bonne pratique, tout en étant drôle, parlant au micro selon l’intonation des moines qui scandent les suttas. Il y a des personnes qui se méprenaient, déclarant leur mécontentement, me percevant comme un étranger qui manque de respect à "leur" religion. Chaque pays a ses extrémistes, et il faut bien en tenir compte.

Dans l’autre sens, j’apprends à lâcher prise sur mes tendances perfectionnistes, acceptant que se glissent de nombreuses erreurs techniques. De toute manière, ce n’est pas ça que l’on voit.

Voilà donc ce qui est intéressant : accepter l’imperfection tout en gardant une conduite juste et vertueuse, même au cœur du rire et de l’humour. Et puis réaliser des films, ne serait-ce de quelques secondes, en dehors de la méditation, est bien ce qui me motive le plus.

Ce qui me plaît aussi, c’est que les gens voient qui je suis vraiment : quelqu’un qui aime rire et jongler avec les idées. Cela évite qu’on m’idéalise, me prenant pour un ascète parfait, qui ne fait rien d'autre que baigner dans l’équanimité.

16 février

Rien n’est à négliger

Lorsque j’étais un jeune moine, je pensais que pratiquer le Dhamma, cela consistait à fuir la société malade, renoncer à toute possession et ne plus rien faire d’autre que de s’isoler pour se consacrer à la méditation. On peut bien sûr considérer la méditation profonde comme la dernière ligne droite du Chemin.

Cependant, où que l’on soit dans l’océan, à la surface comme au fond, dans un beau lagon ou dans une marée noire, sous la glace ou sous les tropiques, on est entouré d’eau. De la même façon, quand on suit la voie du Dhamma, quels que soient le lieu et la situation, on est entouré par les éléments dont on a besoin pour sa pratique. La vie monastique n’est que le sommet de la montagne du Dhamma. La pratique englobe tous les aspects de la vie.

Apprendre à demeurer en harmonie avec un entourage hostile, accepter que ses proches ne comprennent pas les choix que l’on fait, gérer des émotions qui nous perturbent, ça n’est pas moins dhammique que d’expérimenter les plus hautes réalisations spirituelles.

Ce qui importe est relatif à ce que l’on est capable de faire. Pourquoi espérer mieux que le mieux que l’on puisse faire ? Il est plus généreux de donner un sou quand on en possède deux, que d’en donner dix quand on en possède cent, non ?

N’est-il donc pas encourageant de songer que quelles que soient ses aptitudes et son condi­tionnement, chaque pas qu’on accomplit dans la bonne direction a autant de valeur que le pas d’un grand sage qui parvient à l’Éveil ?

1er février

Astrologie birmane

Je viens de mettre en ligne une page que j'ai longtemps hésité à écrire, puisqu'elle n'est pas utile à l'accomplissement dans le Dhamma. Néanmoins, je trouve cette connaissance plutôt intéressante.

En fonction du jour de semaine de votre naissance, vous partagez nombre de caractéristiques, tempéraments et incli­nations avec ceux qui sont nés le même jour que vous.

Astrologie des 7 jours de la semaine

27 janvier

La pratique en milieu hostile

Comment préserver une pratique efficace et assidue dans un environnement défavorable au Dhamma, sans stupa, sans monastère, sans moines, ni même de pratiquants parmi ses proches ?

Que son environnement soit favorable ou pas à la culture d’un esprit sain (vertueux, détaché, vigilant), le plus important est de construire et d’entretenir une "forteresse" autour de soi, en donnant toujours la priorité à ce qu’il y a de plus juste et de plus noble en son cœur.

On fait de sa maison, chambre ou appartement son monastère (mentalement, il ne s'agit pas de changer la déco !), même s’il s’agit d’un lieu bruyant et agité (en Birmanie, les monastères sont souvent bruyants et agités !). On fait de soi-même un moine (là aussi, il ne s'agit pas de prendre la robe), le bon exemple à suivre, celui qui recèle de qualités appréciables qui moti­vent les autres à devenir comme lui.

Quelles que soient ses conditions de vie, il y a toujours matière à développer les perfections nécessaires à l’accomplissement dans le Dhamma. C’est bien certain, on progresse bien davantage dans des conditions difficiles que dans l’indolence d’un monastère confortable, toujours calme, entouré d’individus gentils, dociles et sans histoires. Pour rappel, le calme et l’isolement sont nécessaire seulement pour la méditation profonde (samatha). Évi­dem­ment, nous éviterons les lieux frénétiques, chargés de décibels ou là où l’alcool coule à flot.

Nous devons voir chaque difficulté comme une aubaine : « Chic ! Voilà une belle opportunité pour m’accomplir encore un peu plus ! » Remémorons-nous les perfections à développer dans le Dhamma (les 10 paramis). Dans un monastère "cinq étoiles" bien abrité de la "jungle extérieure", comment cultiver correc­tement la patience, la détermination, le renon­cement, l’effort, l’équanimité… ?

De notre temps, si beaucoup de monastères sont des palaces, du temps de Bouddha, la plupart des moines vivaient sous un arbre, dans la vraie jungle. Qui voudrait essayer d’y passer ne serait-ce qu'une seule nuit ?

Comme le lotus éclatant qui émerge de la boue, entraînons-nous à devenir expert à rayonner de bonté et de simplicité n'importe où, y compris dans des milieux malsains et compliqués.

Ne dépendons pas de l’influence de ceux qui ont du mal à voir les choses, même si elle peut sembler insurmontable (en apparence seule­ment !), soyons de ceux qui comprennent les choses par eux-mêmes, ceux qui voient ce qui est convenable et ce qui ne l’est pas, et brillons par nous-mêmes afin d’être bénéfiques aux autres, tout du moins à ceux qui sont prêts à tendre la bonne oreille.

Bien sûr, pour cheminer dans les conditions optimales, il est primordial de pouvoir échanger, au moins de temps à autre, avec des individus eux aussi investis dans la connais­sance profonde des choses telles qu’elles sont. Grâce à Internet, les contacts sont très accessibles de nos jours. Au pire, rappellons-nous cette grande vérité : "Mieux vaut être seul que mal accompagné".

Pour les stupas, qui sont des reliquaires servant à marquer physiquement la présence d’un enseignement spirituel, ou quel autre ustensile que ce soit (bougies, encens, statues, cloches, imagesaaaaaaaaa…), s’ils peuvent motiver ceux qui sont encore confinés dans une pratique basique (générosité, prière, dévotion…), ils ne sont pas du tout indispensables à la pratique de la vertu, de la vigilance, de l’introspection. Au même titre que les petites roues qui maintiennent la roue arrière des vélos des enfants, ils deviennent gênants dans le cadre du détachement et de la méditation. Si on le peut, il ne faut donc pas hésiter à y renoncer.

N’oublions pas que tous les renonçants accomplis de l’histoire n’ont guère possédé plus que de quoi se vêtir et un récipient pour recevoir la nourriture. C’est la pratique assiettique !

22 janvier

Sur quoi méditer ?

Le gandhabba, qu’on appelle poétiquement le corps de lumière, s’incarne dans nombre de corps physiques, avant de se dissoudre, puis de se reformer pour un nouveau cycle de nais­sances, pas nécessai­rement physiques.

Le corps physique (et la grande majorité des humains ne l’ont pas constaté car ils ne voient pas ce qui est devant leurs yeux) a un quelque chose de grossier, de pesant, d’incon­fortable. C’est cela qu’on se contente de contem­pler, de connaître instant après instant, quand on développe la méditation de la pleine cons­cience. On pose sa vigilance sur cette chose qui est le meilleur outil qui soit pour le dévelop­pe­ment de la sagesse : une espèce de sombre robot maladroit qui filtre toutes les percep­tions exté­rieures de façon très limitée, et dans lequel l’esprit est enfermé.

Après une pratique fructueuse, votre esprit s’habitue à voir les choses telles qu’elles sont perçues à travers les six sens (qu’il n’y ait que le vu, l’entendu, le touché, le goûté, le senti, le ressenti). Les croyances mala­droites s’effon­drent, les connexions grossières lâchent, les attache­ments aveugles se dénouent, le voile épais se dissipe. L’esprit peut alors vibrer au-delà des limi­tations oppres­santes du corps.

Kassinou le détracteur
Bla bla bla, merci pour la bande-annonce. Tu ferais mieux de nous dire concrètement sur quoi méditer !

Pour la méditation de "pleine conscience", c’est-à-dire la meilleure chose à faire avant d’être capable d’expéri­menter les absor­ptions pro­fondes (et même après !), il suffit de prendre les choses telles qu’elles nous appa­raissent. Parfois (ou souvent), il est vrai, on peut se sentir dérouté, tant il y a de nombreux phénomènes physiques et mentaux qui surgissent. Dans tous les cas, l’esprit demeure aussi posé, détendu et détaché que l’arbre qui voit ses feuilles mortes tourbillonner autour de lui sous le vent matinal.

Là, vous avez plusieurs choix, dont le résultat reste exactement le même. C’est comme de ramasser une poupée par la tête, par les pieds ou par les bras. Dans tous les cas, vous aurez la poupée.

Mettons que vous soyez assis(e).

L’instant présent

Peu importe ce qui se produit, peu importe sur quoi votre conscience se porte, veillez seule­ment à rester pleinement en phase avec ce qui est dans l’instant présent.

La globalité

Vous prenez le corps dans son ensemble, tout ce qui passe, tout ce qui est ressenti. L’esprit ira naturelle­ment et rapidement d’un objet à l’autre.

L’assise

Une variante du précédent. Vous vous focalisez sur la posture assise. Ne faites rien d’autre que d’être assis(e). Là aussi, il y aura une succession de perceptions précises connues dans l’instant.

Le plus fort

Vous restez sur les phénomènes les plus mani­festes, qu’il s’agisse de sensations tactiles, auditives, mentales, etc.

Les techniques

Selon les professeurs de méditation, il existe diverses approches, comme se limiter à certains types d’objets, faire des balayages (ou scannages) de la tête au pied, etc.

L’une des différentes techniques de méditation, à titre d’exemple, consiste à garder la vigilance essentiellement sur le mouvement abdominal créé par la respiration. Le mieux est d’essayer plusieurs approches et d’opter pour celle (ou celles) qui vous convient le mieux.

Si vous marchez, vous pouvez prendre la globalité, seulement le mouvement des pas, ou autre chose encore.

Kassinou le détracteur
Moi, si je me mets à méditer, je m’ennuie direct !

Si tu éprouves de l’ennui, c’est excellent ! Cela signifie que les conditions sont optimales pour la méditation, et que seule la vigilance manque à l’appel. Dans cette situation, cherche l’ennui. Essaye d’en trouver le noyau. Tu verras vite que l’ennui n’existe pas, qu’il n’est qu’une conséquence de ton attachement aveugle à vouloir ce qui n’est pas là. En somme, c’est l’esprit qui se joue un tour à lui-même.

tweeté par isi

Restrictions folles ou pas, argent ou pas, danger ou pas, ceux qui ren­contrent des difficultés sont uni­que­ment ceux qui courent après les plaisirs.

16 janvier

Le bruit dans la méditation

Il existe une fâcheuse tendance à croire que le bruit est une gêne à la méditation. Un bruit est un son, c’est-à-dire un objet sensoriel, exac­tement au même titre qu’un autre. Si un bruit est une gêne à la méditation, la sensation extatique d’être plus léger que l’air l’est tout autant ! Avant d’entrer en méditation profonde, il faut être capable de connaître consciemment, directement (donc sans attache ni rejet) et dans l’instant chaque perception, aussi bien le goût du chocolat, une grosse douleur dans les genoux, un sentiment de puissante paix ou un enfant qui hurle de colère.

Le célèbre Ajahn Chah disait à ses disciples qui se plai­gnaient du bruit :

  • Ce n’est pas le bruit qui vous dérange, c’est vous qui dérangez le bruit.

Dans la méditation, la seule chose qui soit gênante en réalité, c’est de ne pas reconnaître un objet sensoriel tel qu’il est, mais de le rejeter, de prétexter qu’il est gênant. Méditer ne signifie pas baigner dans une sérénité céleste. Dans les films ou dans certains de nos fantasmes peut-être, mais pas dans la réalité.

Si un magicien supprimait tout ce qu’un débutant peut croire gênant pour sa médi­tation, il ne pourrait même plus méditer, car il ne resterait plus rien sur quoi il puisse méditer ! Observer en toute conscience ce qui est désagréable est la méditation. C’est d’ailleurs plus facile que d’observer en toute conscience ce qui est agréable.

Kassinou le détracteur
Alors tous ceux qui bâtissent des monastères dans des lieux silencieux n’ont rien compris ? Vas leur dire !

Tout est question de juste milieu. Méditer, c’est apprendre à dompter son esprit. Pour ce faire, on évite les lieux trop propices à la distraction, on évite les extrêmes. De même qu’on ne médite pas en dansant la salsa, ou avec des enfants qui nous grimpent sur la tête, ou un film devant les yeux, on évitera de méditer au beau milieu d’une foire. À l’opposé, on ne s’attachera pas au silence parfait et on ne s’injectera pas de la morphine.

Par contre, une fois qu’on est prêt à s’absorber en méditation profonde (samatha), le silence rend les choses plus faciles. Cependant, le silence total n’est pas à rechercher pour la méditation de pleine conscience dans l’instant (vipassanā). Dans ce cas, courir après le silence est même une mauvaise habitude. Une fois qu’on sort du monastère, on ne parvient plus à méditer, percevant – à tort – chaque petit bruit comme un obstacle.

Quand la perceuse du voisin fait vibrer tout votre mur de ses forts décibels, réjouissez-vous ! Voilà un objet intéressant à méditer sur. C’est aussi un objet qui peut en cacher d’autres. À vous de les trouver… Si le réflexe est de vous dire « Quel taré ! Il va pas encore me les briser maintenant avec sa perceuse, çui-là ! », cela fait une belle émotion à observer ! Ensuite, si ce son idyl­lique n’a pas cessé, plongez votre cons­cience auditive dans le timbre ondulant et polyphonique. Vous verrez qu’il n’a rien à envier de l’harmonie d’une note émise par un instrument de musique. Tout est dans la tête, comme on le dit si bien. Vous arriverez même à regretter que la perceuse s’arrête !

N’oubliez pas la reine de toutes les instructions de méditation (pour le son), donnée par Bouddha lui-même :

  • Qu’il n’y ait que l’entendu.

Dès que vous vous plaignez, vous n’êtes plus dans la méditation. Dès que vous observez votre plainte, vous êtes de retour dans la méditation.

De la même façon, si vous avez mal ou chaud :

  • Qu’il n’y ait que le ressenti.

Etc.

Le tic-tac de l’horloge envahit la pièce ? N’enlevez pas la pile. Aussi longtemps que vous serez agacé(e), vous ne cesserez pas de l’entendre. En outre, vous ne connaîtrez pas ce son pour ce qu’il est. Si vous acceptez que ce tic-tac reste tout le temps, au bout de quelques secondes seulement, vous ne l’entendrez même plus.

Accueillir le bruit comme un ami vous fera gagner des années de méditation.

Kassinou le détracteur
Bon, alors je vais méditer en musique.

Si tu voulais vraiment méditer, toi, ce serait déjà super ! En tout cas, la distraction est très difficile à éviter, avec la musique. Tu peux facilement rester sur le son d’une touche de piano, Kassinou. Tu distingues son timbre, sa vibration, tu restes juste sur l’entendu. Une deuxième touche, ça va encore. Mais si un pianiste commence à jouer une sonate de Mozart, il y a de grandes chances pour que tu le laisses emporter par la mélodie − que tu l’apprécies ou pas −, tu n’es alors plus dans la réalité.

C’est pourquoi d’ailleurs je décom­mande vivement ces musiques d’ambiance, soi-disant "musique méditative". Un enre­gis­tre­ment de cascades d’eau ou de vagues qui s’échouent, à la rigueur, mais l’idéal reste les sons qui nous entourent "natu­rel­lement", même si ce sont des machines.

On peut faire un parallèle entre les objets auditifs et mentaux. Le timbre unique d’une touche de piano est comme une pensée unique, qu’on peut connaître tel quel. Une sonate, par contre, est comme un flot de pensées, qui nous projette dans l’illusion.

15 janvier

Mes 3 premiers conseils pour la méditation

(en suite au post du 14 janvier)

  • N’avoir aucune attente, c’est le plus important! Accepter véritablement l’idée qu’on obtiendra jamais rien. Il n’y a rien à gagner, seulement à connaître.

    Bien mieux vaut être bien conscient de l’inconfort qu’aveugle dans la béatitude.

  • Ne rien forcer, lâcher totalement prise. Il n’y a absolument rien à essayer, si ce n’est d’observer tout ce qui est ressenti à travers les six sens.
  • Revenir dans la vigilance chaque fois que ce n’est plus le cas. Peu importe si l’esprit passe les 99 % du temps à vagabonder. On forge patiemment l’esprit à demeurer conscient dans l’instant, encore et encore.

14 janvier

La méditation selon Bouddha

La méditation est la plus simple des choses. Néanmoins, de nos jours en tout cas, notre cerveau complique tant les choses que méditer correctement devient mission impossible. Pourtant, afin de savoir comment s’y prendre pour méditer jusqu’à être prêt à s’absorber en méditation profonde, nous devrions largement pouvoir nous contenter de la basique ins­truc­tion donnée par Bouddha, qui semble sortir de la bouche d’un enfant :

Bouddha a dit :
Quand il y a une vision, qu’il n’y ait que le vu.

Quand il y a un son, qu’il n’y ait que l’entendu.

Quand il y a un toucher, qu’il n’y ait que le touché.

Quand il y a une odeur, qu’il n’y ait que le senti.

Quand il y a un goût, qu’il n’y ait que le goûté.

Quand il y a un objet mental, qu’il n’y ait que le pensé ou ressenti.

Il y a des livres très épais qui expliquent comment méditer, et même de les lire ne suffit souvent pas. Pourtant, dans les quelques mots ci-dessus, Bouddha a dit tout ce qu’il est nécessaire de savoir pour méditer pleinement. Tout est une question de capacité à bien saisir et à mettre simplement en œuvre les instruc­tions données.

Bien sûr, être capable d’y parvenir en toute activité physique requiert une grande habitude, assis immobile les yeux fermés, c’est plus facile. Dans la méditation assise, en général, la grosse majorité de ce qui est connu concerne le touché, une partie concerne le pensé, le ressenti et l’entendu, et une infime partie concerne le reste des perceptions sensorielles.

Le "touché" englobe toutes les sensations tactiles : les parties du corps posées, touchantes, effleurantes, la température, ce qui pique, gratte, démange, les douleurs, tensions, fatigues, flux d’air, de fluides, etc.

Le cours des pensées est ignoré, car ce ne sont que des idées, des concepts. On ne tient compte que de ce qui est perçu de façon directe et réelle. Concernant les objets mentaux, il s’agit de ce qui est ressenti (les émotions) et de ce qui est pensé (seulement une pensée séparée, telle qu’elle vient d’apparaître). Attention toutefois aux pensées, il est trop fréquent de glisser dans un flux qui nous perd dans les idées, les réflexions, les souvenirs, les projets, les distractions…

Kassinou le détracteur
C’est pas toi qui disait "Quand on est dans une pensée, on n’est plus dans la méditation" ?

C’est quand on est pris par les pensées qu’on perd sa vigilance à l’instant présent. Si une pensée apparaît, on ne l’alimente pas, on ne "pense pas à cette pensée". On se contente d’en être bien conscient, sans la suivre. Émotion ou pensée, tout objet mental est traité comme des gens qui entrent dans un bâtiment, par un gardien. Ce dernier prend note de qui entre, sans l’écouter, ni le suivre. Autrement, il ne saura pas qui d’autre entre.

Quoi qu’il arrive à l’esprit par l’une des 6 portes sensorielles, on se contente de le savoir, en pleine conscience, sans rien faire d’autre. Ainsi, quels que soient vos interrogations, vos difficultés ou vos doutes à propos de votre méditation, la réponse pourrait demeurer toujours la même :

  • Quand il y a une vision, qu’il n’y ait que le vu.

    Quand il y a un son, qu’il n’y ait que l’entendu.

    Quand il y a un toucher, qu’il n’y ait que le touché.

    Quand il y a une odeur, qu’il n’y ait que le senti.

    Quand il y a un goût, qu’il n’y ait que le goûté.

    Quand il y a un objet mental, qu’il n’y ait que le pensé ou ressenti.

Kassinou le détracteur
Facile à dire, mais impossible à faire !

Au début seulement c’est dur, car l’esprit a trop l’habitude de séparpiller dans tous les sens. Si tu suis les trois conseils de mon prochain post, tu finiras par y arriver de mieux en mieux !

tweeté par isi

Pour bien méditer, il ne faut pas faire un effort. Au contraire, il faut cesser un effort, celui qu’on fait continuellement pour orienter l’esprit à l’extérieur de lui-même.

9 janvier

La voie du milieu

J'ai trouvé la parole d'un maître zen qui exprime à merveille la pratique de la voie du milieu. Je soupçonne que les points qu'il énumère corres­pondent à la pratique de beaucoup de personnes soucieuses de s'accom­plir spiri­tuel­lement. Je soupçonne aussi qu'une majorité de ces personnes craignent de ne pas en faire assez, ou qu'elles accordent de l'importance aux critiques que leur adressent des personnes plus ou moins ignorantes.

Restez sur votre bonne lancée, ne vous fixez pas sur les petites imperfections qui pourraient vous freiner inutilement. Le mieux est l'ennemi du bien, n'est-ce pas ? N'oublions pas non plus que le doute est un grand obstacle sur la voie de la libération. L'important n'est pas vouloir devenir un être exceptionnel, mais de percevoir les choses telles qu'elles sont, tout en se délestant de ses attachements.

Parole d'un sage zen

Je ne cherche pas la voie, et je ne fais pas le contraire non plus.

Je ne me prosterne pas devant Bouddha, mais je ne le méprise pas non plus.

Je ne demeure pas longtemps assis (à méditer), mais je ne suis pas relâché non plus.

Je ne limite pas mes repas à un seul, mais je ne me gave pas non plus.

Je ne suis pas satisfait de tout, mais je ne suis pas avide.

Lorsque le cœur est dépouillé de tout désir, c'est la voie.
Kassinou le détracteur
Toi en tout cas, t'es encore plein de désirs. Ose dire le contraire !

Oui, mais ils sont si petits que mon cœur reste léger.

La voie du milieu est liée à l'équanimité et à un mode de vie qui n'offense aucun être. Un désir n'est pas un problème. Si l'un apparaît, contentez-vous d'en avoir pleine connaissance. Cependant, dès que vous le suivez, vous n'êtes plus dans la voie du milieu.

Fiez-vous à la Sagesse de Bouddha, plutôt qu'à ce qu'on entend ci et là. Dans de nombreux monastères et lieux "spirituels", on impose (où on s'impose) des règles et habitudes que Bouddha n'a jamais préconisées : proster­na­tions devant statues, méditation obli­gatoire, récita­tions obliga­toires, horaires stricts, port d'une tenue qui doit être en parfait état, utili­sa­tion de cloches, rituels en tout genre, et tant d'autres…

On n'a jamais entendu Bouddha recommander de se plier à de telles tâches. Avant tout, il a exhorté à s'abstenir de ce qui est malsain. L'erreur n'est pas d'en faire peu, mais de chercher à satisfaire ses désirs (ou de courir après la réputation, le statut social, le pouvoir).

Tant que vous observez vos désirs sans les suivre et vos rejets sans vous irriter, vous demeurez dans la voie du milieu. Si tel est le cas, vous pourrez même vous contenter de ne rien faire du tout. Votre mode de vie sera noble, sans paresse, ni avidité. Et l'énergie que vous diffuserez à votre entourage leur sera bien plus bénéfique qu'une grosse somme d'argent, même si leurs désirs les convain­quent de l'inverse. En tous les cas, suivre la voie du milieu, ça force natu­relle­ment le respect.

5 janvier

Le monde est parfait

Le monde est parfait. Dans ce monde, tout est parfaitement à sa place, dans les moindres détails. Cela ne signifie pas pour autant qu'il est source de joie. C'est à l'intérieur que l'on trouve le bonheur, c'est-à-dire le grand soula­gement de la fin des attachements. Ce monde possède tout ce dont nous avons besoin pour travailler sur notre accomplissement spirituel.

Kassinou le détracteur
Le monde est parfait ? Sûrement pas ! J'ai souvent des difficultés à obtenir ce que je veux.

Le monde est parfait, mais c'est l'homme (ou le chien !) qui ne l'est pas.

Si un individu "galère", c'est uniquement parce qu'il a du désir. Pour qui n'a pas de désir, le monde se montre tel qu'il est : parfait. Il sait qu'il n'a aucun souci à avoir, il obtient sans peine tout ce dont il a besoin. Aucune difficulté ne peut importuner un esprit propre.

C'est l'attachement qui crée la misère. Pour voir la perfection du monde, l'esprit doit parvenir à se délester de toute son emprise sur le monde. Un monde perçu tel qu'il est n'est plus vu comme un problème, mais juste comme un parfait assemblage d'éléments.

4 janvier

Le paradoxe du matérialisme

Quand nous entendons "matérialiste", nous imaginons quelqu’un qui aime jouir de choses telles que : voiture, télévision, appareils électro­niques, etc., n’est-ce pas ? Mais celui qu'on appelle un matérialiste est-il si matérialiste que ça ? Vous je ne sais pas, moi je le vois plutôt comme un rêveur jouisseur concep­tua­liste que comme un maté­rialiste. S'il est enclin aux posses­sions matérielles, c'est qu'il recher­che les plaisirs mentaux (appa­rences, statut social, sensations, confort, illusion des beaux objets, etc.) Ne conviendrait-il donc pas plutôt de l'appeler un mentaliste ? Le matérialisme ne définit-il pas ce qui est au plus près de la matière, de ce qui est physique ?

D'ailleurs, celui qu'on appelle un spirituel est-il si spirituel que ça ? Est-il si éloigné de la matière que cela ?

Nous pouvons considérer deux types de personnes que nous appelons communément des spirituels. D'une part, ceux qui ne parlent que de spiritualité mais de manière émotive, et qui spéculent sur ce qu'ils ne sont pas en mesure d'expérimenter, typiquement ceux qu'on appelle affectueusement des perchés. D'autre part, ceux qui veulent percer le mystère de la réalité en lui faisant face de la manière la plus directe. Ceux-là sont des renonçants, car ils s'entraînent à renoncer à tout ce qui cause l'illusion. Ils veulent percevoir les choses telles qu'elles sont.

Le renonçant n'a que faire du spirituel. Sa seule préoccupation est d'ac­cueillir pleinement la matière, de rester conscient à chaque instant des phénomènes physiques et mentaux. Nul n'est plus terre-à-terre qu'un méditant, nul n'est plus maté­ria­liste, au sens propre du terme !

Considérant cela, comment un méditant pourrait-il travailler sur autre chose que la matière ?

Celui qui aime jouir des sensations apportées par la matière ne baigne que dans les atta­chements, les désirs, les attentes, les frus­tra­tions et avant tout dans l'illusion. Néanmoins, il demeure inconscient de la matière, donc de toute énergie physique, du corps et des cinq sens physiques.

Ce n'est que lorsqu'il aura pleinement accepté la matière que le méditant pourra la transcender. Libéré des couches alourdissantes et illusoires, l'esprit sera connu pour ce qu'il est ; le spirituel sera atteint. Cela ne se produira que lorsqu'il parviendra à atteindre une telle immobilité intérieure que son esprit se retrou­vera (le temps d'une expérience de jhāna ou nibbāna) totalement soulagé de l'emprise des 6 sens (5 sens physique + mental).

Ainsi… C'est en s'intéressant de près à la matière qu'on peut accéder au spirituel. Si on s'intéresse directement au spirituel, cela demeure un rêve inaccessible.

C'est comme une équipe de football. Si les joueurs se précipitent vers la coupe reluisante, tentant de forcer la barrière de sécurité, ils n'obtiendront rien, sinon de la frustration et des ennuis. S'ils l'ignorent et se concentrent uni­quement sur les difficultés du match, alors ils pourront la remporter.

Kassinou le détracteur
Ce qu'on appelle "matière", c'est pas de l'énergie tangible ou palpable pour celui qui vibre à une fréquence similaire ?

Si si ! Merci pour cette précision.

Kassinou le détracteur
Alors si on arrive à vibrer plus haut, on peut bien se libérer de la matière !

Attention Kassinou ! Le but n'est pas de vibrer le plus haut possible. Le but n'est pas de découvrir tous les univers parallèles. Quelle que soit la vibration, tout cela fait encore partie de l'illusion.

Le but, c'est de savoir de manière expé­ri­mentale quel est cet esprit qui ne fait que tourner en rond, quelle que soit la vibration.

3 janvier

En bref

Un seul conseil sur le comportement à adopter ?

Se tenir à l'écart (autant que possible) de tout ce qui tend à la distraction.

Un sentiment à développer sans modération ?

La bienveillance envers tous et tout : les gens (surtout ceux qui sont hostiles), les animaux, les végétaux, les choses matérielles (même en plastique) et les choses immatérielles (comme les opportunités).

Une instruction pour la méditation ?

Quoi qu'il puisse être ressenti, laisser la vigilance de façon ininterrompue sur le fait d'en être conscient.

Tu ferais bien d'écouter au lieu de ronfler, toi !

tweeté par isi

Avec mes meilleurs vœux de bien-être – donc de détachement – pour ce nouvel instant, celui que vous vivez à l'instant !